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 Entre la Pierre sèche et les techniques ultra-modernes de Taille, la Voie est immensément riche pour le Bâti, ce Bâti aux réels Ors de la Terre " d'Ex-Île "... Corsica...Go56, le Regard de la Mer lointaine vers la Terre, le regard des Monts vers la Mer ; entre les deux Univers l'harmonie des ciels et de l'eau, la Terre, leur fruit.

 

LE  CHOIX

 

Vous chantez, vous louez la mémoire, les lentes et fécondes métamorphoses qui nous reviennent des lointains terroirs. Tels contes et fables, à la lumière du Chant, résonnances des voûtes du ciel que l'eau creuse ...  Que les accords et les voix du Cantu Nustrali rejoignent à l'unisson des vestiges, béant dans le vent des siècles, les témoins sacrés de notre Chemin ! Mais que ne sont-ils pas bousculés, balayés sur le parvis de l'or noir et des forces obscures : Ô éphémères grandeurs, honneurs  des apparats  ...

Aèdes des temps
nouveaux puissent l'ode et le choeur épargner la Terre des racines et des Hommes de toujours parvenue au point d'extrême et d'ultime rupture ! 
L'amour immémorial est une Île que l'hommepartage,  qui dérive et naufrage vers  tant inconnues et de vils écueils de papier glacé.

Que remontent des Coeurs  polyphonies
et liturgies louangeant les seuils éthérés d'une Terre que le métal lourd  et l'acier dilacèrent dans la mort et la déchirure. Combien étaient profonds le
sacrifice et la foi des hommes et des bêtes par ces contrées, leurs champs de provendes et de promission travaillés, tous les vergers en fleurs et chargés de sucs !

La modernité, le progrès démesurés
auront atterré la montagne posée sur  la mer comme ils terrassent son regard sur l'Azur ! Alors errer, se révolter toutes les fois que l'ingrat et
l'indifférent heurte les cimes des pérennelles splendeurs, abandonne à la ronce liane tes arpents de terre grasse et noire, bouscule le tumulte
millénaire de tes chaos pour y jucher l'innommable bâti lisse et gris, ces termitières closes et sans vie durant neuf lunaisons...
Comment emmurer le rivage, raser la protection de la dune, bousculer la montagne,  nier l'hymen de la Terre et de la Mer,  pour lui substituer la confiscation insultante et
l'acquis définitif des constructions jurant au ras des flots, oui, pourquoi  pareil diktat infâmant ?
Que ce don des dieux, de la Providence, visage d'un amour immense, soit encore et toujours déclamé en canons, au son de la Cetera, rappelé
au souffle lourd et grave du lointain Culombu, des ancestrales et rudes  paghjelle ! Que l'au-delà des mots recouvre les contours mordorés de la pierre
et du pampre s'embrasant du couchant au soleil levant ...  Ainsi de la fidélité en route vers la Vérité  !

Puisse renaître de ces hameaux, de ces villages que l'on dit abandonnés une lueur, un
foyer, une sente où l'espoir et le verger, la source perdue convolent aux noces des saisons et de l'habitant, du pèlerin ! Tant de bâtisses, de ruines
n'attendent que le geste qui sauve de l'oubli et des grands froids de l'abandon... Et vous sentiers enivrés des transhumances, voies antiques qui
menaient aux alpages et aux bergeries d'altitudes, ramenez à vous le troupeau et la fête des pâtres, tous les saints qui veillaient l'adage et le
dicton ! S'il est une mémoire pour demain, qu'elle ne distance plus son passé, l'héritage des témoins, les vigies de pierres  de nos anciens qui nous veillent pourtant !

Il est une arche
d'alliances possibles qui ouvre une voie nouvelle emplie de grains et de fruits, un arc-en-ciel à tracer entre les sillons des âges et des
époques dont tout un chacun porte en lui le germe et la semence bénéfiques en guise de couleurs et de nuances...
Mais jamais, au grand jamais,  âme  insulaire,  oublier, se couper, rejeter derrière soi les fondations des temps anciens. Les sentinelles partout jalonnent les
tâtonnements infructueux et attentatoires  à la sérénité,  veillent à la dilapidation des richesses de notre Terre et de nos cieux jadis tellement sollicitées et généreux ...
Comment faire entendre cet appel à la souveraineté de la Terre, au respect de ses élans tutélaires et solennels qui depuis les origines l'honorent
et la servent, y osent les harmonies éminemment spontanées et heureuses, offrandes des cieux !

Comment éviter le chancre galopant et
rampant des rebuts qui envahit les vallées et les plaines comme une pandémie irrémédiable ?

Comment entrevoir un futur qui germerait sur le
socle commun d'un patrimoine exceptionnel et si vaste, divers, tant suggestif et esthétique ?

Aurions-nous perdu le sens historique de la Terre
pour lui préférer les atours surfaits de la ville  exclusive et ses ramifications anarchiques, anachroniques, ces juxtapositions, ces additions de bâtiments sans liens, ce gigantisme  mitant les horizons  ?

Est-il si sensé et raisonné de cliver le temps de vivre et
le labeur dévolus à la ville et à la banlieue pour vouer la terre des campagnes, de l'au-delà des Monts  et des rivages aux seules invasions estivales massives ? Nous les
défigurions à jamais pour les doter d'infrastructures galopantes et si mal intégrées aux commandes de la Nature et de l'Environnement, de l'histoire  
séculaire qui est le nôtre et que nous devons dessiner ? Que l'on prenne le temps de la mûre et sage  réflexion, d'un autre pari afin que la Terre de Corse ne devienne pas et jamais ce déversoir où des millions d'âmes viendraient l'été peupler ce qui resteraient alors après, des étendues de cités fantômes juchées en
bord de mer, à la périphérie des hameaux et des villages, exsangues et terriblement dépeuplées ...
Tant de solutions et d'alternatives existent et pointent déjà à l'horizon, saisissons-les, optimisons-les afin que cette Terre recouvre les bienfaits
d'une énergie concertée et commune qui l'eût pour toujours réconciliée avec le temps, l'histoire, un art de vivre en parfaite symbiose avec les
saisons et les terroirs, les visages fastueux de la terre jusqu'au ciel, dynamisant et réveillant aussi par là la Culture à travers toutes ses expressions uniques, ses manifestations laborieuses et
artistiques

...

GHJORGHJU D'OTA 

 

* U Cantu Nustrali : Chant de la Terre de Corse 

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