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 Obstinant l'eau des millénaires  rebelle à la pierre
Voici l'oeuvre d'un duel mutique  l'invisible elliptique
Tu creuses comme tu façonnes le visage ossu
De la terre les abrupts et leurs tombants ocreux
Où les pâtres et les errants fondaient leur thébaïde
Au plus profond des tafoni et des mystérieux Orii
Tes bourrasques visitent en hurlant l'orgue porphyroïde
Tant de gueules effrayantes et leurs stridulants râles
Argonautes ou compagnons de légendes en périple
Auront à ces appels abondé la verve des mystes
Ainsi par la magie et l'alchimie des forces impalpables
Confères-tu au silence et au temps leurs charrois
Le cours immémorial des ineffables métamorphoses
Où les arbres en croissant signent d'étranges pantomimes

 

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Léger comme l'air et le vent  papillon  volage
Et fou  mais sans rappeler les antiques Furies
Que ne recouvrirais-tu pas encore inopinément
Ces vocables vides de sens  affublés du langage commun
Mais avant de revenir à tes fabuleux mirages
Aux Océanides et aux Titans aux filles de Nérée
Laisse-moi divaguer à ton bord  Je relaterai le courroux
Le signe tangible d'un malaise abyssal exhalant
Dans l'air du temps acide et opaque des particules
Par les Océans glauques  l'haleine des fétides vapeurs
Et des atomes dévitalisés que tu charries malgré toi
Envers et contre tout ce que nous fûmes de forfaits
Que l'on ne t'associe jamais aux vents magnétiques
Et solaires dont la foi et le manteau prodigues de la terre
De concert se jouent avec Lui depuis l'Eden et les Hespérides
Tu es le souffle et la vie  sans toi viendrait la lente agonie
Et l'évent stérile de la terre de la banquise aux pôles
A jamais n'éleverait plus aux cieux que funeste litanie

 

 

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N'es-tu pas au large vague galbe horizon de liberté
Et d'harmonie que les sens cueillent à l'envi
Franges de joie où dansent l'ivresse des vastitudes
Des mers emportées aux cimes enneigées tu révèles l'abîme
Et ses transes ailées où obstinément sirènes et dryades
Fabulent en boucles la silhouette déliée d'une rencontre
Tantôt ange d'écume  sitôt évanescence  plain chant
Tu libères l'encens des saisons  leurs exhalaisons de pollen
Partagées d'iode et de myrrhe  Au-delà des rivages fleuris
Par le ciel auroral des monts  Tu dessines une île et destines
L'or des reines au plus fastueux et colorés des printemps
Le long été est aux touffeurs d'une absence remarquée
A ces poussières d'étoiles qui fusent  à travers tes ciels brumeux
Dans le mutisme envoûtant des nuits aux arbres immobiles
Où épancher sans frein l'âme bercée de sommeil
Tu es le magicien des semailles et des moissons
Au geste ondé des vans qui sépare la balle et le grain
Et déjà le pampre fauve s'envole  la bogue lourde chute
L'âtre et le tison accueillent les sonnailles avant les frimas
Tu entonnes la plainte le chagrin aux vantaux d'antan
Le regard contre la vitre fige un triste reflet de givre
L'ombre assourdissante et pesante de la longue solitude
Alors dire encore et encore la vêture des ciels que tu charges
De neige et de pluie d'arche et de lumière mélodieuses
Exaltant à toujours la Lyre des aèdes parsemant le chant des oiseaux
Car tu apprêtes les douceurs du Zéphyr de la brise au Ponant
Puis d 'entre les Aquilons et les redoutables Borées  vers l'Empyrée
Par le dessein des mirifiques légendes  tu libères l'imaginaire
Ainsi de l'Auster de l'Eurus qui dardent à l'Equinoxe d'automne
L'illustre Attique aux charmes  des intarissables bucoliques


J'ouïs le cantique du vaisseau l'intarissable légende des siècles
Que tu emmènes à ton bord et le migrateur suit le pèlerin
Le marin jusqu'aux confins de leur rêve iroise de tempête 
En planant en tournoyant depuis l'ode stridente des hûniers 
Un signe d'a-Dieu reconnaissance indicible allégeance
Parce que tu fais comme tu défais le désert un océan de dunes
Ourlant les songes d'infini le parcours des argiles malléables
Que tu imprègnes sur le chemin des étoiles et la voûte
La Voie Lactée par les transparences et la clarté des ciels
Vont inlassablement recomposées fidèles et vraies
Le Zodiaque et les constellations sans nombre forgent
Les augures et les lointains oracles de la destinée  Ainsi
Du voyage des pérégrinations sans limite ni frontière


Retournons ensemble fasciner les chênaies de Dodone
Halluciner l'iris des atolls et les vagues emplies de toi
Lire à travers tous les signes du ciel le grimoire des dictons
Des adages où un moment le matelot recouvre l'enfance
Et ces évocations tant imagées  Les ors du Levant au Couchant
N'annonçaient-elles pas les blanches galernes et les fortes gelées
Le cours immuable d'une existence vouée aux vents de l'éveil
Alors dites-moi sans Lui sans le Souffle que deviendraient les rimes
Le cantique des voiles  ses messagers profus de lendemains
L'âme des flots choyant en cercle l'ombre fraîche et bruissante des forêts
Tout ne serait que  morne figement sans espoir  émaux  vitrail
Scellant à jamais l'océan d'un regard et les paupières du silence

 

§

Marin - A bord du vent de Borée - Pensées aux Petits Enfants - 

1 ère Ecriture, en Cours,  Avril 2014

 

 

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