En guise de Pensées...  entre le renouveau flamboyant du Chaos et la terrible souffrance qui rampe de par les mondes, ces quelques lignes écrites en chemin, au coeur des  asphodèles qui, cette année, sont particulièrement éployées  et fleuries, si blanches sur l'azur, depuis la mer jusqu'au ciel ... Ces champs d'asphodèles, un parterre de mourons bleus et rouges, de tendres genêts s'envivrent au chant des vagues et de l'embrun, tout près ; fleurs au bord des abîmes, d'un abîme à rejoindre, lien entre le haut et le bas, source d'énergie que les astres distillent en éclairant la nuit... Gigantesques cimetières sous la lune dénombrant  affres et calamités, où chaque fleur bercerait le sommeil d'une âme ...?

 

 

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Les asphodèles constellent l'Azur de petites étoiles, de petits soleils, par myriades bienveillantes ... Profusion dont la tradition, depuis
l'antiquité, se passerait bien ; ah, les traditions, leurs décalages, tant allusives et exclusives achèvent de troubler la migration des  fleurs, le songe ...!

Une fleur étrange aux atours splendides. Les aléas, le destin  l'auront grevée du chagrin, hélas ! depuis l'absence, au-delà de l'absence et du silence. Et pourtant, n'est-elle pas celle qui inonde le champ
d'un printemps, symbole de renaissance,  qui germe longtemps en terre, racine puis  inflorescence astrale, s'élève ?

Les jardins apprêtés et fauchés à la hâte, au fil percutant de la machine, n'en veulent plus, les dé-terrent, enténèbrent  le printemps ;
les abeilles, pauvres ouvrières, auront été oubliées et ainsi chassées !
Leurs longues tiges au vent délicatement s'inclinent et tracent le chemin. Le chaos, à l'origine du Tout : 
essences, éveil toutes les fois, fascinant espoir d'un heureux hasard ...!

La lavande à toupet a relayé le romarin ; de somptueux reflets mauves
chatoient et le ciste blanc illumine les bouquets, redouble d'éclat aux rayons du soleil. Ces étendues légères ondoient et se balancent à la
brise. La source chantonne à deux pas, parvient au terme du périple, secrète, mélodieuse. Le calychotome embrase les coteaux, parfume l'air
humide et brumeux d'un Avril généreux. Ainsi, errer, dispersant les pensées de l'hiver et s'ouvrir au radieux printemps, à la prodigue souvenance des millénaires

...
Mais vient le rappel, l'instant obstinant du tourment des Mondes, de l'Animal, ces maux sombres qui défilent au pas de l'oie, sans répit ; actualité implacable, bruyante... ces forfaits Ô-dieux, sanglants et blessants, pourquoi tant d'infortunes, tant d'innocents sous la roue, dans les cales de la servitude qui périssent.

Le hasard délivre ici le chant de la Terre, engendre l'accord et le frisson exaltés d'harmonie. Là-bas, il décide de l'étouffer, l'endeuille avec son lot inepte et impitoyable de rudesses et de tourments !

Marcher, marcher, laisser aller à l'unisson de ses pas non un compteur de milles mais l'émerveillemenent. La foi lentement gagne et
fonde le coeur, repousse la raison sanglante. Que deviendrait l'être de matière sans l'éveil aux plus simples choses qu'il  importe de choyer et d'aimer ? 
Pourquoi, comment, encore et toujours, le bien, le mal, la joie et la souffrance, la rupture et l'alliance, la prière et la sentence, splendeurs et hideurs  ? Mais de la vie, de l'après, humblement, à l'instar des quatre saisons qui passent et reviennent, donnant un vrai sens à l'immuable, à l'éternel, fleur épargnée parmi les milliers de myriades ! 

 

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