Ivan_Aivazovsky_Storm_at_Sea_on_a_Moonlit_Night

IVAN AIVASOVSKI, Peintre de la Lumière 

 

 

( Six Strophes qui terminent, à 2 près, non trouvées ),

LE CHANT DU PÈLERINAGE DE CHILDE-HAROLD DE BYRON -

 

CXXIX

" Déroule tes vagues d'azur, profond et sombre Océan ! D'innombrables flottes te parcourent en vain ; sur la terre, l'homme marque son
passage par des ruines ; sa puissance s'arrête sur tes bords. Tous les naufrages qui surviennent sur la plaine liquide sont ton oeuvre : Il n'y reste
pas l'ombre des ravages de l'homme. A peine si la sienne se dessine un moment sur ta surface, alors qu'il s'enfonce comme une goutte d'eau
dans tes profonds abîmes, en poussant un gémissement étouffé, privé de tombeau, de cercueil, d'honneurs funèbres, et ignoré.

CLXXX

Tes routes ne portent pas l'empreinte de tes pas ; - tes domaines ne sont point sa proie. Tu te soulèves et le repousses loin de toi. La force
méprisable qu'il applique à la destruction de la terre, tu la dédaignes. L'écartant de son sein, tu le fais voler avec ton écume jusqu'aux nuages ;
là, tu l'envoies, en te jouant, éperdu et tremblant, vers ses dieux, dont il attend son retour, dans quelque port voisin ; tu le rejettes sur la plage.
- Qu'il y demeure !

CLXXXI

Ces armements qui vont foudroyer les remparts des cités bâties sur le roc, épouvanter les nations et faire trembler les monarques dans leurs
capitales ; ces léviathans de chênes aux gigantesques flancs, qui font prendre à ceux qui ont crée leur argile le vain titre de seigneur de l'Océan,
d'arbitres de la guerre, que sont-ils pour toi ? Un simple jouet. Nous les voyons, comme le flocon de neige, se fondre dans l'écume de tes flots
qui anéantissent également l'orgueilleuse Armada ou les dépouilles de Trafalgar.

CLXXXII

Tes rivages sont des empires où tout est changé, excepté toi. - Que sont devenues l'Assyrie, la Grèce, Rome, Carthage ? Tes flots battaient leurs
frontières aux jours de la liberté, comme depuis sous le règne de plus d'un tyran ; leurs territoires obéissent à l'étranger, plongés dans
l'esclavage ou la barbarie ; leur décadence a transformé des royaumes en déserts arides : - mais en toi rien ne change, si ce n'est le caprice de
tes vagues ; - le temps ne grave aucune ride sur ton front d'azur. - Tel que te vit l'aurore de la création, tel nous te voyons encore.

CLXXXIII

Glorieux miroir où la face du Tout-Puissant se réfléchit dans la tempête, calme ou irrité - soulevé par la brise ou par l' aquilon, glacé vers le
pôle, sombre et agité sous la zone torride, - tu es toujours immense, illimité, sublime, - l'image de l'éternité, le trône de l'Invisible ; de ton
limon sont formés les monstres de l'abîme ; toutes les zones t'obéissent ; tu t'avances terrible, impénétrable, solitaire.

CLXXXIV

Et je t'ai aimé, Océan ! Dès mon plus jeune âge, mes plaisirs étaient de me sentir sur ton sein, bercé au mouvement de tes vagues ; enfant, je
jouais déjà dans tes brisants : - j'y trouvais un secret délice ; et si, dans la fraîcheur de ton onde, j'éprouvais un sentiment de terreur, c'était une
crainte pleine de charme ; car j'étais comme ton enfant ; de près ou de loin, je me confiais à tes flots, et ma main jouait avec ton humide crinière
comme je le fais maintenant ...

 

Lord GEORGE GORDON BYRON

 

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