COMME LE GLOBE TERRESTRE EST ENTOURE PAR L'OCEAN 

 

« Comme le globe terrestre est entouré par l’océan, — ainsi la vie terrestre est enveloppée de songes ; — vienne la nuit, et de ses vagues sonores — l’élément obscur bat son rivage.

« Sa voix nous presse et nous sollicite ; — déjà dans le port la voile enchantée frissonne ; — le flot grandit et, rapide, il nous emporte — dans l’immensité des eaux sombres.

« La voûte céleste, illuminée par la gloire des étoiles, — nous regarde mystérieusement de ses profondeurs ; — et nous voguons, entourés de tous côtés — par l’abîme étincelant de feux. »

 

 

S1

LE VENT DE LA NUIT 

 

« Qu’est-ce que tu lamentes, Vent de la nuit ? — Sur quoi t’affliges-tu follement ? — Que signifie ta voix étrange — tantôt plainte sourde, tantôt rugissement ? — Dans ton langage que le cœur comprend — tu affirmes une peine incompréhensible ; — tu fouilles le cœur et tu lui arraches — des gémissements sauvages.

« Oh ! ne chante pas ces effrayantes chansons, — qui parlent du chaos primordial, du chaos paternel ! — Avec quelle avidité le monde ouvre son âme, — son âme nocturne à cette musique aimée ! — Il se précipite hors de son enveloppe mortelle, — il a soif de s’abîmer dans l’illimité. — Oh ! ne réveille pas les tempêtes assoupies ; — car au-dessous d’elles, c’est le chaos qui s’agite. »

 

Fiodor TIOUTTCHEV 

Traduction   / Eugène-M. De VOGÜÉ