DSC04291

 

BARBARA FURTUNA 

Une île, l'hiver, hyménéen écho  ... Noces des dieux ? Alors, que ne laisses-tu jamais assez débonder ton coeur, Marin ! Silence ...

Relate, veux-tu, raconte encore une fois le serment par lequel elle se révèle. Promesses sur l'autel de la mer, loin des sacrifices odieux ! Inflorescences ...

Hiver ! nuit dolente, liesse des aurorales tempêtes, je te sillonne comme l'on rêve de chevauchée blanche, aux averses qui parsèment le  printemps des sables et ravissent d'espérance l'arc-en-ciel des îles tombées en déshérence. Alliance ...

Mais l'hiver ! Est-ce une île qui éclot sur le parvis de l'Azur, vertige des-illusions grandissant au fil de mes bordées ailées ; je divague, déraisonnable, au-delà des sens... Chasme !

Une île que je cueille avec les yeux et que j'embrasse d'un cillement d'ailes comme il en fût de ce premier amour, un jour égaré : poussière dans le grain obscur et tourbillonnant !...   Et chaque fois, je me rapproche de la vire, de l'autre rive ... Empanne .

Il me faut toujours fuir, distancer les mondes surfaits et géométriques, par trop clos et trop droits pour que la mer m'octroie ses largesses, cette labyrinthique liberté où s'ébattre, ranimer l'existence et ses privautés à l'orée de l'inconnu prodigue. Prodige...!

Et dès lors, te dévêtir, éternelle et jeune, belle à fiancer, droit dans le soleil. Orion, pour toi, décline. Absence !

La beauté, la fidélité ne consacrent-t- elles pas de concert la dénégation du temps n'accordent-t-elles pas au silence des étendues ce plain- chant de lumières où s'extasient sans fin les couleurs du jour et l'éclat nocturne des nefs sidérales ?

Et tu demeures, les bras ouverts, poésie immensément séduisante, émaux et transes ineffables béant au chant rebelle qui ceint. Sainte éminence !

Unissonance ou nastie insolente du choeur de la mer. La pierre ouvrage secrètement à tes splendeurs, te grandit par-delà les nimbes embrasées de soleils enrochés...

Jamais pareilles confidences vers toi ne me furent possibles si elles n'eussent accourues des plus profondes peines et solitudes ; sur le devers de la raison, je glisse !

Mais il en est toujours aux côtés d'un puffin ... In-signe !


Ainsi, par les brumes et les encens que la brise matinale évapore, consens-tu aux délivrances suaves de l'été !

L'automne des Pléiades en partance entonne l'ode à l'embrun, signe les premières froidures aux champs fauves qui pâlissent sur tes épaules de givre. Le ponant lance à travers le ciel ses flèches de nuage tandis que sur la mer les bourrasques figent leurs morsures de sel .

Puis vient décembre, les longues houles migratrices s'en retournent depuis les Autans. Les Aquilons ourlent et frangent les sablons par milliers, ces festons d'ors tissés où l'onde souveraine s'étend. Les vagues relâchent leur puissante étreinte en soulageant l'amertume des flots gris et des galernes.

Voici venue l'ivresse des myrtaies ; profuses, elles recouvrent en ployant la voix et le cri des figements affolés, disséminés telles des vigies.

L'hiver des rudesses tarde à venir, hésitant et voyageur, complice de toutes nos attentes. Il abandonne au solstice le dessein louangeur et régénérant des mois crépusculaires, la réclusion heureuse de ces heures promptes à te cacher. Ainsi, échappes-tu à l'indifférence commune des passagers de l'ennui.

Île, reconnais le pèlerin au vol furtif, humblement, qui le porte, venu fêter la ronde sereine et  l'esseulement solennel en leurs harmoniques fluant.

Au printemps, les nues capricieuses te chavirent révélant après le grain l'épure resplendissante d'une oeillade. Par les cambrures des vallées chute ta chevelure de neige. Ainsi de toutes les thébaïdes alentour sur lesquelles tu veilles et qui frissonnent aux senteurs des tombants tutélaires que la mer destinent et comblent inlassablement.

Du plus lointain des horizons, linéaments et contours s'invitent vers l'empyrée où ricochent le rictus de l'ingratitude et de l'oubli.

Alors, tu aparais comme l'oiseau qui cerne les songes antiques, augurant merveilleusement de la rotondité du temps, préludant à l'éternel retour à la terre.

Fille des montagnes, à jamais nymphe titanesque qui vogue sur l'azur, mirage, tu élèves sur le ciel de majestueuses voiles que la rose des vents disperse inlassablement. A bord d'une pensée, entre délires et fantaisies impalpables tu engendres et conduis d'étranges migrations ;

Fasse que je survole encore et toujours le chant des vagues aux racines qui grondent. Tu es depuis le seul amer qui me guide et me rive. Vers l'infini, à l'inextinguible transhumance des saisons, destine-moi ; perpétuité !

Fasse qu'un brin de soleil par les fonts de l'hiver, fût-il bas, invoque la clémence des anges d'écume, recueille les larmes d'un enfant privé de foyer, condamné à éteindre le faisceau de la nuit sertie de verticale, de béton et d'acier !

MARIN

- L'Hiver, ma Nuit - Dernière Ecriture le 09.06.2014 - En cours et passe ! Car rien n'est jamais fini, tout recommence ; per-durer !

 

DSC04309