Un jour, errant  parmi les folles  nuées  blanches, je croisai en croisant les doigts sur le fil raide de l'amer  ;  les cieux ouvrageaient, veillaient : récit, pensée d'une salutaire réclusion 

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ULMETU

 

La tempête soulève des tourbillons d'embruns ; les pointes et les caps ont ces accents d'absolu, ces inclinations  où l'on meurt déjà un peu en s'élançant de leur vire pétreuse. Au large, l'ombre fantomatique des vaisseaux éventrés sur les brisants grève la mémoire : frisson. Le thrène amer des vastes étendues aux blanches furies qui s'abattent vers les écueils perpétue le naufrage : empreinte, écho, intaille de porphyre, cri déchirant l'azur ...

 

 

Un immense miroir se déforme, la mer d'argent ondée libère la nuit profonde et obscure de ses tourments ; moires, voiles, évanescences, orbes et remous mêlés !

Que n'est-on vraiment en ces lieux d'extrême vision et de solitude ? l'horizon explose en silence, jaillit  en cadence, au diapason de la longue houle qui vient mourir et renaître des abysses et des hauts-fonds. Le chant est dolent, s'éternise, inépuisable. On y sent battre, vibrer le choeur, la prosodie de l'infini et de l'éternel : canons ...

Le vent ne cesse de fraîchir, insensé, au-delà de tout. Il  règne en ouragan quand la mer à ces violentes rafales se donne en se couchant, pâlissante, soyeuse comme une robe de givre. Je sais l'évasion dédaléenne et sans concession, la mise lourde ; aucun  appel possible ni de main tendue ! mais, qu'importe le pari, il en sera pour un brin ineffable de clarté, le péan de la source vers le firmament à jamais prodigue et lumineux !... Entre doute et raison, je ne choisis pas ! aucun des deux, mais la Folie ...

Et de ne jamais danser autour des mots, feindre, les manier à l'aune de l'aisance, coupés et tranchés qu'ils seraient des racines de l'amer, empruntés habilement ou fuyant par  les arcanes dérobées du paraître, par trop en vue ! Mais de les recevoir comme  l'on s'abreuve de cristal, au seuil de l'azur, humblement, infime poussière dans l'oued  : tumulte de silence ! ces mots que des gifles d'eau, de grésil,  les griffes de la terre vous flanquent d'un revers de vent au terme de la chute, cette chute toutes les fois ressac, réitérée comme un don de l'eau-delà, l'au-delà miséricordieux telle la tempête qui raccroche à la vie !

Non, sous pareils ciels qui se confondent, redoublant d'amour et de beauté, s'aventurer et quêter, récolter un à un chaque  fruit mûr, un penser, sans engrais, loin de l'apparât et de la cour, du faste, de la représentation ! Il n'est point d'affiche sur les flots collant et rivant le regard sur la caravane ou  le sérail  ...

La mer, un  vitrail, comme un regard-océan incommensurable en qui se confier. Laver, livrer l'émau  d'un visage à la dérive, essentielle, afin qu'il nous revienne toutes les fois ressuscité, resplendissant, verbe digne des aurorales harmonies et de la Pensée ...

Livrées en Mer  : Pensées de quelques dérades  tempétueuses -  Au Rif, qui m'aura vu naître et accueilli

- MARIN  -

 

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