" ... J'assistais comme  à  la progression d'un gigantesque incendie, aux abords d'un volcan en éruption ; la terre, laissant échapper ces volutes voraces  de fumées ..." 

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Temps à grain, accompagné de très fortes rafales hâlant l'Ouest-Sud-Ouest. Le ciel est bouché, la mer  grossit. Les golfes ne la contiennent plus et ses vagues se hissent au-delà des cotes habituelles ; on mesure à l'entour des gonflements très impressionnants ! Un grondement emplit l'espace. Cette opacité, cette lourdeur de l'air froid, impénétrable, semble étouffer un tonnerre d'eau qui s'abat vers les îlots submergés.

Tout n'est que brisants, écueils, récifs cernés d'écume. Les mouvements de la mer et l'élan de la tempête en orchestrent l'apothéose. Geysers, colonnes épaisses d'embruns, rouleaux écumants s'élèvent sans frein pour éclairer les cieux bas et gris de l'hiver. Le peu de repères dont on dispose disparaissent. Il faut alors compter, non sur une expérience des lieux  bien  dérisoire, mais sur l'appréhension presque intuitive des choses ou du danger. Se ménager une marge de sécurité qui laisserait à l'aventurier le temps, peut-être, de s'échapper d'un piège liquide et irréversible, par trop soudain et ample qui l'eût submergé...

Les oiseaux se font rares ! ils demeurent, là-bas,  vers la lagune et la jonchaie, tapis sur l'eau, orientés en gardant le cap vers  le vent dominant, avant qu'il ne se lève aussi fort ; signes interprétés depuis la nuit des temps et les premières navigations de l'homme, certainement ! ils ne trompent pas l'observateur. 

Rarement la mer eut creusé autant. Elle  ramène  des profondeurs le limon des siècles, s'échappe par le milieu des baies en hérissant la surface. Les  courants contraires à la houle et aux vents des bourrasques concourent au chaos. Visions dantesques où la solitude un moment pèse comme l'oubli, la réclusion. Aucune distance ne saurait prévaloir l'une sur l'autre : loin, proche, au large, de toute part le danger est imminent, total, ne pardonne pas ! Et je ne sais plus  si croiser en gagant l'horizon n'est en définitive pas plus rassurant et  moins exposé  que d'épouser les contours de la côte.

 

 Marin - 1 ère Ecriture  Juillet 2024 -

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La Photo  est granuleuse, le Zoom  fortement sollicité ! L'éclairage et les contrastes  auront été corrigés. Les îlots sont littérablement investis par les lames ; il ne serait pas prudent du tout de s'approcher plus de la zone ! en effet, certaines séries d'ondes et de vagues auront ce jour rejoint les deux rives d'un Golfe immense ... 

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