DSC06124

 

SVEGLIU D'ISULA 

 

Une splendide étrave à guibre,  un beaupré immense ; que n'eût pas eu ce brigantin, depuis le Tournant de l'Extrême-Sud, pour tracer sa route toutes voiles dehors, dans les touffeurs matinales d'un été qui muse et s'alentit

...! 

Le vent est à l'Est, le voilier lui fait face. Il fait encore très chaud. Nostalgique et plaintif comme le Levant qui s'en revient des mille et une nuits ; les Bouches diffusent à l'entrée du vaste détroit le parfum enivrant et musqué de l'immortelle, filant un brin de mélancolie brumeuse. Un défi aux siècles qui vont et se perdent...  Dernières exhalaisons avant que ne meurt l'été emplissant le regard de rêves et de longs voyages. Ivresses des grands caps ; tournant  ou naufrage, les lieux confinent à l'isolement, au bilan. Ils  auront marqué le temps, une histoire, le bagne ou les galères !
Visions de Sounion, entre deux îles, où la côte esquisse quelques  songes rares et  ouatés... Ainsi de l'émerveillement que perpétuent aèdes et chimères !
En silence, le brigantin remonte le vent, rase les écueils, glisse comme par magie, à sec de toile ! Nous sommes au temps des voiles auriques en coton que les gabiers ferlent ou arrisent dans les hautes mâtures, autour des larges vergues.

Depuis la longue route en terre qui serpente au-dessus des flots, nous parvient la mélodieuse fanfare des grelots et des sonnailles qui s'en retournent
des estives. Le jappement joyeux des chiens, l'air festif des flûtes en cornes ( Pirula )  des bergers confèrent à l'instant les privautés d'une existence de vérités et d'harmonies. Le point de relais n'est pas loin, là-haut, après le Tournant, de l'autre côté du monde.
Le Levant emporte avec lui le chant, les harmoniques  des roches percées. Le pas des chevaux ferrés et les roues cerclées de la diligence tonnent, lointainement...
Et ma souvenance se perd par les vallées qui ondoient avec la mer, vers des éclats d'îles qui ne reviendront plus et que la route dévore.

 

DSC06130

 

Le Col de Rocapina, au début du XX ème Siècle