POÈMES DE LA FOLIE 

 

Vous marchez doucement là-haut dans la lumière

Sur un sol tendre, ô bienheureux Génies !

Les divins vents brillants

Légèrement vous touchent, 

Ainsi les cordes sacrées 

Les doigts de la musicienne.

 

Sans destin, comme est le sommeillant

Nourrisson, respirent les divinités célestes.

Et chaste se garde en son bouton modeste

Fleurit toujours pour eux l'esprit, 

Et les bienheureux yeux regardent 

Dans la paisible 

Clarté éternelle.

 

Mais à nous, à nous fut donné

Nulle part de n'avoir repos.

Il tombe et disparaît, l'homme souffrant

Aveuglément d'une heure dans l'autre

Comme l'eau d'un brisant

Lancée sur le brisant, 

Pendant les temps  jusques à l'incertain d'en bas.

§ 

 

FRIEDRICH HÖLDERLIN

Traduction Pierre-Jean JOUVE 

Edition : Gallimard _ 1930

 

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