L'horizon bossué, un songe de  longues houles et de grand large. L'au-delà, plus clément que l'ennui et la solitude du marin, à perte de vue, interpelle ... Il y hasarde un regard triste, juste une pensée livrée au destin  !  Vers l'Orient, l'air est si profond et si lointain à la fois qu'il distance la chute du soleil. Sacre de la Lumière, dans  le Ponant, ricochant sur les nuages avant que de plonger dans l'abîme, rouge  sang, pourpre de Tyr. Ainsi des Îles et des cimes  orchestrant la ronde de l'astre de vie, autour de l'existence qui va, comme le ruisseau recouvre la mer de son manteau bleu de ciel, en louant l'hymne de " Frère Soleil ". 

Un vent froid, intensément bleu, venu  de Borée  lave le Ciel en fronçant la robe de la mer Tyrrhénienne, fille de la Grande Mer, Mare Nostrum ! Alors, en guise de message,  pour clore une année, la Bora  emporte sans espoir l'écho des contrées endeuillées aux rivages et aux contours d'un siècle tourments !...

La mer et ses forts coups de vent, la bise blanche  des grands espaces  exaltent comme ils  hantent l'âme des poètes. Les pins maritimes entonnent, en plaine,  un chant si  plaintif qu'ils se rallient à l'unissonance des flots, livrés à la dune, comme le Simoun à l'erg complaît en gagnant l'Océan...

Et les derniers jours d'une année unique se précipitent quand meurent les saisons ; ainsi de toutes les années que ravalent et ressassent  les vagues !  le nombre inlassablement conjugué, répété, croissant en même temps qu'il décroît, toujours,  inexorable ressac. Nous savons chaque année sans  réplique possible ;  révolution des  lunaisons qui s'égarent dans l'espace dédaléen des calendes, sans vire où s'arrimer un moment, relâcher un peu ; vertiges de l'épave échouée, évanescence d'une présence que l'oyat  grime sur fond d'ex-île ... Qu'en est-il vraiment de nos échappées, de cette soif de source, de ce  désert étrange que cerne une seule de nos oeillades sondant le Ciel et ses lames de larmes ?  Fascinations, charmes, fatalité, qu'en est-il vraiment du hasard, de l'improbable, de l'imprévu !  Illusions, nécessités : qu'importe si le temps dure dès lors qu'elles recèlent un éclat de vérité et de bonté, juste un brin de fidélité !

N'être jamais plus serein et tangible que  lorsque le chant des vents comble l'avent ...  alors de s 'accorder aux champs infinis de l'éternel et des rêves,  dussions-nous  risquer  les linéaments de  l'émerveillement, la magie de ces outils qui inventent un autre présent ressuscitant l'enfance... Un moment, juste un moment, mais de ne point douter, ni faillir, encore moins démériter face à la beauté, à l'harmonie, à l'amour sur la terre des hommes

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