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OU DU SENTIMENT OCÉANIQUE 

 

***

Imprime ton vol, imprègne une trace
sur l'azur des nues et des vents droits,
à la lisière des écueils et de leurs nuages.
D'entre les vagues aux beautés rares et infinies
dessine un lumineux sillage, abandonne
ton souffle à l'Ether, depuis la terre des Anciens.
Au coeur de mille ocelles écumantes,
lis sans craindre de te tromper, vois, devineresses,
la chaîne et la trame des jours vrais et fidèles.
Au temps qui passe et qui revient,
comme elles, indéfiniment, fais donc allégeance
et pense, en Tout,  un soupçon de puissance tutélaire...

 

Je voudrais encore une fois, une dernière fois,
si tant est qu'elle serait bien la dernière, vraiment,
évoquer deux miracles en un seul que la mer accueille !
Considérons le plus vieux rêve de l'homme : voler ;
et m'en revenant des lointaines Saintes Écritures,
raconter l'émerveillement des pêcheurs de Tibériade,
voyant " le Maître ", Jésus marcher sur l'eau, apaiser
la tempête comme on apprivoise une colombe, un serin
une tourterelle, une pensée qui se nomme uniment : foi !
Oui, aller, et, marcher sur l'eau, s'allégeant de ce fardeau
de durer, d'en-durer et de déchoir au prix de la libération
de l'âme, d'un soulagement sans nul autre pareil
qui nous eussent affranchi du plus préjudiciable
et inepte naufrage que la conscience endure ou s'inflige :
vieillir ou tout simplement comparaître, n'être plus de chair !


Alors de vous parler d'optimisme, de légèreté
et de lumière qui iraient bien au-delà de tout et de rien !...
Si la montagne, les déserts, les vallées blanches, les plus
hautes cimes exaltent et transcendent, que dire de la mer,
de l'univers des hautes vagues, des vents violents où l'homme
simultanément s'envole, glisse, dévale, plane et tourne
entre l'éphémère et l'éternel, le temporel et
l'In-Temporel,
solitaire par excellence et sans autre arbitraire
que l'In-Fini, cet En-Soi abyssal qui nous échappe ?
Comment qualifier ce qu'un petit esquif octroie dès lors
que son nautonier indéfiniment compose,
ravit à ce point les éléments, gageant sans aucun doute
d'un souci invétéré d'esthétique, de beauté et d'harmonie,
voire de symbiose, ineffable et sans limite !


A quel point, vers quels horizons se tourner 
lorsque nous tentons de mesurer ce qui jamais
ne serait quantifiable, nombrable, voire : imaginable :
l'énergie magnifique et à nulle autre pareille de l'Océan,
ses lendemains  de longues houles et de vents lointains
qui nous portent à décliner, à déclamer, comme un Claudel
paraphe ses Grandes Odes à l'eau.


Une aile, une seule voile et puis, ce pas indicible,
inqualifiable, toujours plus audacieux et précis,
allant à vive allure, non défier l'azur, mais
en rejoindre la source, les origines, la symbolique
métaphorique et allégorique des aèdes et des poètes ?
Splendide allégeance que l'offrande aux ciels, aux nuits,
aux jours mêlés de l'éternité et de l'instant
qui nous étreignent lorsqu'il eût suffi, une seule fois,
en prendre conscience, devers la limite
et le carcan de la raison !


Certes, un zeste, un grain  de folie
né sous une bonne étoile que l'on aurait quêté,
s'en remettant à la miséricorde de la bonne mer,
de la grande bleue ou des vastités de l'azur. Le rêve
devient alors réalités multiples, tangibles et osmose. 
Don, offrande, miracle ou tout simplement hasard,
illusion, chance... Que dire, comment évoquer ce rapport
numineux au tout et à la nature, dans ses états à la fois
transcendantaux et de pleine complétude ?


Paisible sur la mer, en route vers quelque amer prodigue,
Marin,
un peu plus près de la vérité, éminemment fidèle,
La voie n'en serait que plus large et généreuse
t'accordant jusqu'aux soins sursitaires d'une âme
Dont on aurait implacablement grimé les contours
de générosité et de larges attentions qui étaient les tiens,
depuis livrés en pâture au règne du cumul
et des ineptes braderies...


Alors, Marin, de n'être jamais plus près de l'Albatros,
de l'Océanite Frégate
De ces sternes majestueuses qui sur l'azur esquissent l'épure
D'un vol à la fois unique et ultime. Tu tendrais
vers ce même point de migration, au seuil elliptique
de la transe euphonique et régénérescente que serait
tout don de soi pour un brin de clarté. Ainsi d'un credo,
de la vérité ouvrageant et respectant les mondes.
Ces mondes qui se meurent et qu'on abîme
Dans le silence létal de l'obscur, de l'or noir et de ses fléaux.


Y aurait-il un âge pour voler, une illusion en guise d'envol ?
La question ne se pose pas, mais vole, Marin,
oui vole là où convolent les jeunes choses,
depuis la nuit des temps et que l'on cherche
ailleurs, en vain,  aux confins des étoiles,
des hypothétiques planètes ! là, à tes pieds, l'Ether
parfait un champ aux nébuleuses innombrables
où jouer ton destin en planant de l'une à l'autre,
entre galaxies et quasars, avant que le terrifiant
trou noir ne nous avale " pour les siècles des siècles "

Je marche au bord de la mer, vers l'autre rive,
je vole parfois tout en le sachant, en dansant, en conjurant le sort.
Mais qu'importe la mise et le tribut lorsque
le pèlerinage en chemin se nourrit des mystères du  " Mana "
des plus simples choses, de la couleur de l'eau
Du soleil levant, du couchant, sacrant chaque jour
Que l'Océan-Ciel fait, depuis les profondeurs de la nuit nitescente

§ 

OCEANIQUEMENT MARIN 

 

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