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Depuis la terre des sommets, le limon des pluies diluviennes passées gagnait la mer aux reflets  bleu  turquin. Comme un céleste  camaïeux, les eaux douces et chargées de poussières d'astres  se fondaient dans l'azur tyrrhénien. On voyait sous le vent marin,  lentement, se dessiner le croissant d'une  immense dune, le cordon littoral arborant  les jeunes promesses des vagues. De grands oiseaux planaient, immobiles, entre terre et ciel, louaient, l'instant d'une halte au-dessus de la lagune, l'éminente migration, le réconfort des îles à la vie qui sommeille et qui transhume ... 

On ne bouscule pas la dune, on ne la lacère pas, on ne la dépossède pas de ses défenses, on s'en empare pas de force ou passant le droit  ! on respecte le travail séculaire, millénaire des Travailleurs de la Mer, de la forêt maritime en toutes leurs sublimes exceptions !

Que n'être d'autre, en cet instant de fusion figé, en ces lieux de solitudes et de pierres silencieuses ? L'humble soupçon, ce regard posé comme un balbutiement, à l'orée vierge de possibles harmonies !

!

Jean Philippe RYKIEL 

 

 

Partout, des îles aux oiseaux, des caps embrasés et des anses lumineuses ! une terre d'infinis et de lointains dont les beautés désormais se cachent pour survivre ! La modernité, comme un fléau veille et attend patiemment son tour pour se servir sur l'Autel du temple, de la souveraineté naturelle avant que celle-ci ne se décrétât  Raison  irréfragable... Le pari, les mises sont juteuses et les gardes-fous égarés à travers le dédale des rébellions passées.

Quel autre rempart à la déprédation, à l'offense à la Terre que ce Respect solennel et inconditionnel de chacun à l'étant, à la Terre de nos Anciens, telle qu'ils nous l'auront livrée, saine et chargée de fruits ! 

Qu'en avons-nous fait lorsque rampent et se faufilent les chancres d'une modernité démesurée, de l'avoir sans limites, de la conquête et de la défiguration des espaces les plus lucratifs ! La Nature silencieuse et muette en paie les conséquences ; ceci dit, la laideur, les hideurs, les forfaits perpétrés à son encontre valent et portent plus loin que le cri, le bruit, la dénonciation, la révolte collective... Ce que l'on massacre et détruit, comme un aveu, irrémédiable, irréversible suffit à témoigner de l'enjeu de destruction majeur signifié à l'encontre d'une Terre de raretés et de splendeurs condamnée à être travestie

!

 

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" Les Travailleurs de la mer " 

 

La force 10 Beaufort ! certes, une échelle de valeurs
pour les vents et les vagues, une rose aussi éclose
aux quatre points cardinaux qui les identifie
en les nommant sans plus en retenir les ferments...
Eût-il fallu tant de science et de connaissances
pour voir sous nos yeux naître et se répandre
l'injonction infamante à la nature et à ses merveilles ?
Territoires vénérables et souverains que la mer
sans cesse diluvie et ondoie ouvrageant la roche
mordorée comme le temps sculpte solennel
ses rivages roux,  blanchis d'écume et de sels.
Et nous nous inscrivons aux pieds de leurs temples
au minéral impavide qui nous regardent passer.
Depuis leurs figements aux dévalements des rides
et des cascades qui viennent du ciel et qui plongent
en nuages vers la mer des tempêtes et des hivers.
Qu'être en pareils instants si ce n'est un regard
Une conscience infime d'avoir déjà et toujours été
que ce reflet d'infini, en soi, qui comme un accord
de la grande partition des étoiles abreuve la source,
Indéfiniment le chant dont je suis la voie ( x )  polyphonique.
Il était en ces temps-là une forêt de Phénicie
je veux dire de genévriers à larges baies musquées
une colline et ses profonds buissons odorants
quelques longères basses de pêcheurs cernées de filets
une petite anse où dansaient la barque et le ponton.
La dune était large, tellement épaisse, comme le croissant
prodigue de la lune et de la dune comblée de printemps.
Un jardin d'éden à l'orée de flots purs et poissonneux
aux ciels insignes qui se reflétaient la nuit et le jour.
Nos décades auront muselé le visage de la terre d'antan
et les pelleteuses ravagé les lèvres de la terre ocreuse ;
Du sable blanc des moraines il ne reste plus que le tuf
étouffant des parkings encerclés de blocs,
ces murs de parpaings jetés çà et là telle les ordures...
En guise de haubans, de mâture portant haut et si loin
l'appel  des bateaux, d'énormes enseignes claquent en
barrant l'horizon et détournent l'ode de la mer à la terre.
Les câbles des pylônes pointent vers le ciel l'incurie
et l'offense aux splendeurs de desseins à nuls autres pareils.
La terre se meurt hérissée de toutes parts tandis que les flots,
les travailleurs de la mer sont dépossédés d'un ouvrage
millénaires dans l'indifférence, le profit et la dévastation.
Il est un temps pour couler le béton entre les rochers
jucher aussi au ras des flots l'habitat et le commerce ;
Il faut que le progrès, l'évolution se fasse et y consentir !
Soit, mais au grand jamais en meurtrissant les noces pérennes
de la terre et de la mer, de la mer et de la terre

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CORSICA...GO56