COEUR_DE_CIEL__I_

 

!

 

Coeur_de_ciel_II_

L'air est vif, si lourd ! Une seule risée sur l'eau suffit à tendre la voile et demande  aux bras, aux mains posées sur le gréement un effort intense, comme redoublé, presque machinal. Le pied fragile, la douleur aiguë, il va, il erre. N'étant déjà plus que l'ombre lointaine du sursis, il vacille, trébuchant sur le vaste sillon que la mer et les vents, bises du plein hiver, creusent inlassablement. Et de s'appréhender comme  tant de fois, livré à l'abandon, au bourdon du coup de temps sur la roche, aux tourments des bourrasques ... Il paraît déjà tard.  L'heure sombre, malgré  la lumière du jour, trompe. Un épais  manteau de nuages en a décidé ainsi ; et le trait de côte, d'entre  le sablon et la falaise ocreuse, blesse le regard pur que la conscience portait jadis  vers le large  et le vierge azur ; çà et là quelques tâches insanes salissent un choeur de verdure et de vents, vers les collines bouleversées. Un choeur que  n'habite et ne traverse plus, depuis longtemps, la souvenance des hommes sages.

Le flot sombre et opaque de la mer houleuse va en cernant d'éclatantes pelisses d'écume, épaisses, oblongues. Elles s'éploient pareilles aux ailes bruissantes que le vent déploie depuis la cime des vagues ; tout, en ce coeur de ciels s'élève, solennel, comme  empli de mystère et de foi ! Que de  distance, d'illusions ! le silence rompu à l'écho de l'absence n'a plus de limites, il est désormais hors du temps, indélébile.

Le jeu, le rêve pourtant seraient  partout, qui nous  convient ! Et que nous vaudrait la mer et la  marine enchâssées des tableaux et des maîtres sans le souffle du coeur, depuis le ciel, qui s'abreuve de lumière ? Que nous dirait le chef d'oeuvre s'il n'était à jamais habité, hanté par les élans et les chutes du génie, de ses terribles solitudes ?  Mais de ce  théâtre naît  une arène, tant de scènes et d'actes aux compositions uniques et sublimes oscillant sur la crête des lames, depuis le  douloir de tout jusqu'au frisson ...?

 Un dessein, une pantomime, comme une confession à jamais ébauchée. L'allégeance qu'ose la gestuelle fragile venant  au secours de l'âme panser l'existence, l'oiseau blessé des migrations ! L'univers :  une révélation qu'un brin d'unicité auréole, tel  le lien descendu  du ciel pour  tisser la chaîne et la trame d'une ineffable senne que les vagues brassent,  gardant jalousement leurs accords unissonnants et parfaits.

La terre  dans la mer saigne toujours  comme les nues du ciel  avec le vent  se font suaires évanescents ; Il s'y imprègne sans le sillage, dans un coeur de ciel, tout ce qui fut et qui n'est déjà  plus de nous qu'irrévocable néant

!

MARIN - Pensées en mer - Récits aux Petits Enfants, pour plus tard ! 

DSC07945

DSC07962