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UNE TERRE D'ATTRAITS  NE SE RÉDUIT PAS A  UNE TERRE D'INTERÊTS 

DEVELOPPER N'EST PAS SACCAGER MAIS INTEGRER ET RESPECTER 

 

 

Jeu de mots consternants lorsque  l'on voit ce que l'homme fait de la Terre des Îles et des plaines immenses, le long des axes routiers et des voies où s'étirent d'abominables serpents de fer et d'acier. La Terre Insulaire était sans doute trop belle, diverse, riche en paysages d'excellence ! il eût fallu, comme une fatalité, lui porter d'abominables balafres au nom de l'argent roi, de l'argent sale, de l'argent tyran s'emparant du monde de toutes les affaires au plus haut niveau pour contaminer le temps de la splendeur, de l'histoire déchue de l'authenticité. Époque condamnée à péricliter, à laisser se répandre partout le chancre et la buse, les pylônes et les câbles, le goudron et les murs, autant de parpaings que l'Île compte de pierres ocres, blanches, vertes et grises... Défiguration majeure, Terre-mîtée s'emparant des horizons, des adrêts, des côteaux, des versants ! Les Villages d'antan et perchés bientôt seront rejoints par des banlieues hybrides ...

Quel lien rapproche désormais l'occupant ingrat de sa Terre  quand de toutes parts fusent et se répandent les chantiers totalitaires et sans foi pour une  mainmise juteuse affectant l'anarchie et le chaos insipides d'un développement infernal, incohérent, anachronique. Nous le disions déjà, l'homme consomme ce divorce ignoble entre la Terre des Anciens et la Modernité dans laquelle il s'empêtre en sciant la branche de l'arbre vénérable sur laquelle il s'est assis !... Le pli d'un pari a été pris : exploiter à outrance, au diable la sobrièté ! 

Où allons-nous, que faisons-nous, quelle mesure prennent les élus quand on laisse faire tout et n'importe quoi, affichant çà et là quelques initiatives dérisoires et consternantes. Voyons avec lucidité ce que deviennent des espaces immenses, des kilomètres de routes et de voies, de chemins où s'entassent les outils de l'énergie, de la transfiguration brutale et pernicieuse d'une terre aux infinis rivages et visages, depuis la montagne  et ses versants jusqu'à la mer.

Sommes-nous en Corse ? Non, plus vraiment et de moins en moins souvent !  Ce constat alarmant sévit d'autant plus que l'Île est malgré tout petite, que le monde y afflue, que la manne est immensurable et prodigue. Alors, la part du gâteau lentement s'étiole, se raréfie, et, les arpents de nature et d'authenticité bientôt se compteront sur les doigts de la main, subiront les assauts terribles de l'accaparement sans mesure. Quel urbanisme nous sert-on, quelles perspectives de progrès et d'évolution entend-t-on accréditer à l'heure des très hautes technologies et de la mode du développement durable ? Rien ne va plus ; la route déchoit, la ville  s'étale, les banlieues croissent, exponentielle dérive du béton et du crépis infectant jusqu'aux villages et routes  d'altitude. Et l'on se gausse comme l'on se vante de développer, de se prévaloir d'un respect de l'environnement !

Mascarades, théâtres, scènes désolantes de la terre qui fout le camp, de ces collines en balcons sur la Grande Bleue qui sautent pour y jucher un abri de milliardaire, cerner de parpaings un littoral réduit à la portion congrue, bardé de pylônes, infecté de détritus, au seuil même des Réserves lacérées du cri stridulant des Mirages et Super  étendards, de ces espaces justement sauvés de la déchéance et des assauts de l'homme vorace.

Un jour, nous comprendrons mieux ce que l'acteur et le système perpètrent depuis que la machine industrielle s'est emballée. Certes nous aurions pu et su prévoir, assortir tout développement de garanties, de marges sécuritaires et préventives à l'attention de la vaste notion d'environnement et de cadre de vie. Nous alors  aurions perdu  le plaisir de voyager, de rouler, emmené de force à vive allure sur des voies routières percluses de pancartes, de détritus, de constructions hybrides, de vastes hangars  et de terres à ciels ouverts où s'entassent  des milliers de rebuts et de matériaux. Où que nous soyons et évoluions, le spectacle ne laisse de choquer, de surprendre, de révolter.

Dites - nous quelle est cette politique de l'aménagement du territoire, de gestion de la propriété privée où les passes-droits excellent dans l'art de tout détruire et affecter ?  Lorsque de laisser les vastes domaines de nos Anciens à l'abandon, de voire  galoper la ronce et  une  verdure inextricable autour des villages, gagnant tous les rus et petits cours d'eau  abreuvant les vastes étangs et  les profondes lagunes littorales d'une eau saine et pure !... 

Il y a urgence, à l'échelle de chaque commune, de reprendre point par point tout ce qui affecte durablement et sévèrement le visage d'une terre balafrée et meurtrie tous les jours. Le bon ouvrier laisse - t -il ses chantiers dans le désordre, la saleté, l'encombrement, l'abandon ? Non, certes pas, mais il excelle en l'harmonisant au milieu qui le reçoit. Il n'est là qu'une question et un pacte respectueux vis à vis de la Terre, du bien commun, du futur et de nos générations à venir.

Aujourd'hui, nous craignons pour l'avenir d'une Terre dont les aires d'authencité lentement seront rongées par l'avidité cupide d'un progrès valant son pesant d'or bleu. Ainsi voit-on hélas !  la superbe destination côtoyer les hideurs, des kilomètres carrés d'entassements et d'abandons de machines outils, de matériaux de chantiers se multipliant et s'agrandissant sans aucune autre limite que la démesure, ces montagnes que l'on éclate à l'envi, de ces cours d'eau détournés, totalement bouleversés telles des autoroutes. L'homme  s'affole, il s'enrichit tandis que la Terre s'appauvrit, à tous les niveaux d'une réalité  naturelle bafouée et irrévocablement vaincue. Il est vrai que l'homme passe vite sur terre, que la notion même d'environnement et d'harmonie  ne prévaut pas quand sonne et tinte haut et fort  le profit. Il faut savoir que le développement, le progrès, l'évolution, tout aménagement de nos jours ne devraient jamais rimer avec ce que l'on voit ! Nous avons une foule de moyens destinés à nous fondre dans tous les milieux avec précaution, délicatesse, prévention et souci permanent de l'osmose ; cela aurait un coût que les Politiques n'entendent résolument pas assumer, d'où ces horreurs que l'on voit de plus en plus se répandre, naturelles par abandon et désintérêts, humaines d'autre part, par carriérisme et souci de la prébende.

Reprenons le temps de la tranquilité d'antan, redonnons à cette Terre le visage qui était le sien, rien ne serait plus serein et porteur de jours meilleurs et féconds ; jamais ferment n'eût été plus puissant pour canaliser les folies et les travers d'une anarchie modernisante des plus  préjudiciables à l'intérêt collectif  insulaire, ensemble, réinventons le progrès, visons l'excellence d'un modèle où la Nature serait reine, il est encore et peut-être encore temps 

GHJORGHJU D'OTA 

 

 

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