Quel Auteur eût omis d'évoquer, d'invoquer, de compter la Mer parmi les sources innombrables d'inspirations et de styles qu'elle porte en elle ? Fascinations, angoisses, craintes, émerveillement, alme poésie, la Mer fut aussi et certaines fois décriée si tant est qu'elle le fût du rivage, de l'intérieur des terres, des montagnes où le protagoniste choisît  de se mettre à distance des flots et des lames ... La Mer ne saurait être appréhendée comme tel mais au fil de l'eau et des longues traversées, par tous les temps, depuis le vaisseau sur lequel l'homme remet son âme à Dieu, pour le meilleur et le pire ! 

Soumission qui confine à l'orgueil, à l'impuissance, aux vanités conquérantes  que l'homme doué de raison ne peut soumettre à la loi du silence sans risquer de faillir, Faust brosse un portrait qui eût été indigne de l'éternel, de la mer, de l'éternité, de la mer   en allée chère à Rimbaud et des Illuminations...

Goethe, la légende et la tragédie mélées, ce dialogue prodigue entre FAUST et MEPHISTOTELES, et puis ce passage relevé à la hâte qui eût conforté le propos, souligné et dépeint les antres de la Mer, à l'orée de la plus grande vague romantique que la Littérature eût également portée, entre destin et existence, sens de la vie et antique quintessence des dieux et des sirènes ...

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( ... ) 

MEPHISTOPHELES

 

A suivre ton vouloir tu me vois résigné.

Avoue enfin où ton rêve t'attire.

 

FAUST 

 

J'ai bien souvent suivi des yeux la haute mer.

Je la voyais s'enfler, bander son corps sauvage

Puis, se ruant, venir avec son flot amer

Attaquer, envahir le sable du rivage

Et cela m'irrita. De même un libre esprit

Respectueux du droit ne voit pas sans supplice, 

Effet d'un sang tumultueux qui s'affranchit, 

Agir insolemment un orgueilleux caprice.

J'observai de nouveaux, supposant un hasard ; 

La vague s'arrêtait, fuyait sous mon regard, 

S'éloignait à présent de sa fière conquête, 

L'heure revient, le jeu sans cesse s rétète.

 

MEPHISTOPHELES

 

Je n'apprends, je le crains, rien de très neuf ici : 

Voilà bien cent mille ans que je connais ceci.

 

FAUST 

 

 Elle avance en rampant, en cent lieux se faufille

Et stérilise tout, elle-même stérile, 

Se gonfle, croît et roule et recouvre sans fin

Ce rivage désert, ce sinistre terrain.

La force l'animant, l'onde succède à l'onde, 

Puis elle se retire et rien ne se féconde.

Ah !  jusqu'au désespoir je me sens tourmenté

De voir agir sans but l'élément indompté.

Mon esprit ose ici, se surpassant lui-même, 

Combattre et remporter la victoire suprême.

Et c'est possible ! Car, si fort que soit le flot

On le voit se coucher devant chaque coteau ; 

Il a beau s'agiter, plein d'orgueil et de rage,  

La plus faible hauteur peut lui faire barrage, 

La faible profondeur l'attirer puissamment.

Vite, dans mon esprit, j'ai conçu plan sur plan ; 

J'ai pensé : donne-toi ce savoureux délice : 

Repousser loin du bord la mer dominatrice.

Cet humide élément, sache le limiter, 

Qu'il recule là-bas, bien loin, dans son empire

Ce projet, pas à pas,  moi, j'ai su le construire.

C'est mon souhait. Aide donc à l'exécuter 

 

( ... )         

 

GOETHE 

FAUST ACTE III 

Hautes Montagnes 

TRADUCTION  : Jean MALAPLATE - Ed / GF Flammarion 

 

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Plus de candeur  et de poésie, retour aux origines et à l'antique cosmogonie dont l'auteur sillonne les rivages lointains peuplés de mythes et de légendes ; une traversée au large de la Raison, où sommeille peut-être et encore en nous la dimension cachée, le temps du rêve, la prégnance des éléments, le dieu Amour ...

 

Acte II 

Des Telchines de Rhodes, montées sur  des hippocames et des dragons de mer, brandissant le trident de Neptune 

 

SIRENES 

 

Quel prodigue de feu les vagues forment-elles, 

Se brisant sur la vague en torrents d'étincelles ? 

Éclats, balancements, profondeurs de clartés, 

Les corps incandescents, par la nuit emportés, 

Sont comme environnés d'un immense incendie.

Qui règne donc Éros, source de toute vie ! 

 

Vive la mer, vague azurée

Qu'entoure la flamme sacrée, 

Vive l'onde, la flamme pure, 

Vive cette étrange aventure.

 

TOUS ET TOUTES 

Vive le doux roulis des vents, 

Les secrets de la mer profonde

Et célébrons, par tout le monde

La fête des quatre éléments .

§

 

 

GALATEE_ET_POLYPHEME_

 

Galatée, fille de Nérée et de Doris, et le Cyclope Polyphème ;   fresque romaine de la Maison de la Vieille Chasse à Pompéi, Musée archéologique National de Naples.