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Marine / André SALOMON 

 

J'ai demandé au poète, au musicien, au peintre, au danseur : " dessine-moi la mer "  !  En vain...! Tous essayèrent, avec talent et génie, certes, mais d'aucuns ne rendit le juste reflet  de la vérité.

La mer et la vérité ne se conjuguent  pas au présent  mais s'ouvrent libres au-delà du temps et de la fin,  donnent sur l'instant, l'éternité, comme le premier cri, le premier regard volant  à la rencontre de son double.

Ainsi de la fascination qui  me  lie à l'azur, sans faille ni l'ombre d'un doute quant au don et à l'allégeance que je lui signifie et lui dois ! Chemins de lumières, voix d'eau que la harpe et la kora déclinent comme un cantique... Choeurs exaltés pour  la nef et ses étoiles accordant au pèlerin l'extase des grandes solitudes. Immensités ineffables qui sous les doigts du peintre naissent comme aux premiers jours : révélations !  Gestuelles insensées, allants de l'esprit de chair  qui migre  et transhume vers des sommets  où cueillir quelques pensées animées d'un souffle presque  divin ? ... Au fait, sculpteur, dessine - moi la mer ! Je n 'eu jamais d'autres réponses qui ne m'appartiennent.

"  Un jour pourtant  un jour viendra,  disait Louis, c'est vrai, Un jour  de palme un jour de feuillages au front, Un jour d'épaule nue où les gens s'aimeront, Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche " 

Mais dessinez-moi la mer qui vous lie et rassemble tant de rivages où rêvent figement et mouvance

MARIN - Fragments -