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 " ...  Au plus près de la vire de cristal je me rendrai sans marcher mais de plus en plus léger au seuil d'un ailleurs  que la mer fabule à l'infini  ... "

 

 

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Je dépose sur le sable  un matériel lourd, encombrant ;
l'air odore le myrte et l'embrun. Senteurs qui se perdent
à travers les rousseurs des cistes et l'éclatante
blancheur de l'écume roulée par les vagues.
C'est ici que se perd un chemin sur la terre... Je n'ai pas
encore levé les yeux vers la mer mais elle gronde.
Une petite houle ravine le bord, les rochers apparaissent
mettant à nue  une pierre grenue, multicolore, aux cristaux
d'un étrange carmin ; le sable semble à l'infini sourdre
du minéral et de l'épaisseur des halliers, du maquis.
Ce manteau fuyant engendre si près de l'eau une
végétation rase et luxuriante, épouse
des vents violents qui balaient l'hiver.
Tandis que je dispose mât et voile à l'abri  
de fortes rafales, quelques oeillades avisées
par-dessus l'épaule déjà m'éclairent sur les choix
du gréement à établir. La mer est très agitée, sans être
houleuse ; un vent fort en hérisse les flots et la chahute.
Les brisants étendent une aura  presque chaotique,
répercutent indéfiniment un désordre rude et tenace.
Il faut alors composer, régler tous les éléments de l'esquif
qui atténuent les effets d'une navigation sur la mer du vent
croisée. Les houles, parfois, ne parviennent plus à s'établir,
à canaliser clairement leur énergie en ces tracés clairs
qu'elles imposent le plus souvent au reste du monde,
après que le coup de temps se soit tu et apaisé.
Les nuages courent dans le ciel, halent le Ponant et,
sur l'azur réfringent, précipitent une ombre froide.
C'est étrange, il me parvient en terminant de gréer, comme
une voix intérieure qui me confie et me dit tant de choses,
sans secret. Une navigation engagée au seuil des rivages
acérés d'une côte vierge, si peu fréquentée
ne s'improvise pas ; une sente en longe de splendides pans
dont les sur-cotes de tempête, obstinément dénudent
et dévêtent les accotements, les sablons et les petites
anses de galets et de roches noires.
Les rouleaux envahissent cet interface et perdent
leur neige d'écume mêlant le roulement
de l'avalanche au bruissement ininterrompu
du ressac. De grosses branches de bois flottés
frappent les rochers, déjà maintes fois blessées.
Les préparatifs tardent comme ils requièrent
attention et précision ; j'accorde à cette lenteur
quelques appréhensions qui sans aucun doute
préludent à l'angoisse d'un solo toujours exposé
et mené dans un dédale de secs, de hauts-fonds,
de brisants et de lames dont l'ampleur prend
parfois des proportions énormes et inattendues.
L'air humide, les risées, exacerbent la sensation de froid.
J'ai choisi une petite passe où me glisser dans l'eau
et profiter d'un léger courant qui m'éloigne du bord.
Sans vent et à la faveur de la dernière vague d'une
longue série, d'une courte nage tractée, mon aile hors de l'eau
lentement et sûrement je me libère des  liens terrestres.
Quelques secondes plus tard, une bourrasque
m'arrache de l'eau  et m'accorde cette verticalité
inhabituelle aux pieds entravés où l'homme
sur les vagues dévale en ne faisant plus qu'un
avec l'univers des éléments et du monde sensible

§

_ Aventure et Solo _

 A  SUIVRE - DANS LES VAGUES !

 

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