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 Ce n'est pas le Léthé mais le cours immensurable de l'éternité qui va ... Et de ne rien faire qui écorche l'harmonie des éléments ; puissé-je seulement, çà et là, humblement, me fondre en quelques partitions dont les accords ne seraient que d'en-Haut, auxquels je crois, pour y avoir trouvé, il y a si longtemps, au temps de l'enfance, la source. Il y a comme un miracle, un mirage qu'aucun délire sensible occasionne aisément mais l'expression tangible d'un dessein céleste. Alors, d'en emprunter le chant, la poésie, la complétude, les vertiges d'un amour  fait de lumière et de foi

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 LUAR NA LUBRE MAGNIFIQUE ET SYMPHONIQUE 

 

III

 

Sous l'esquif qui me porte, monte le pouls
de la mer. Elle égrène un rêve. Son souffle
irrégulier ne parvient pas encore à m'élancer.
Pour gagner le large, au vent, il me faut fuser 
sur les flots. Droit dans le soleil, un îlot pulvérise
les vagues brutales, lève de larges nuages
d'écume et de pluie blanche que les risées
éploient en de longs voiles d'embruns.
Voilà qui donne le ton et la mesure
d'une échappée chargée d'énigmes,
et d'imprévus ! La mer entonne un  
choeur vague,  aux voix sourdes du canon.
Ses étendues  telle l'aura cernent
une sphère quasi mystique,
vierge de toute présence,  où divaguer.
Les fonds accusent une chute rapide.
La mer creuse, s'assombrit
puis vire au bleu-nuit des étoiles.
Les fronces en accentuent l'obscur
et la brillance, dès que le soleil
perce et darde quelques rayons tièdes
et diffus vers les terres et les collines.
J'appréhende ce qu'une île recouvre
d'horizons et de caps, de pointes
et de revers, de tombants rocheux.
Les vagues en élongent les dessins
qu'affolent de puissants révolins
en simulant fidèlement une houle
tardée mais qui  peu à peu se précise.
Ainsi des signes qu'elle concède
au marin quant à ses couleurs,
aux teintes de l'eau, à la musique
des écueils et des brisants isolés
lorsque les haut-fonds consentent à s'orner
de la moire précieuse et tavelée de cristaux...
Une longue bordée vaut un choix éloquent
qui se présente à chaque virement de bord.
Voler, cavalcader en se jouant des crêtes
et des moutons innombrables que le Ponant
emmène. Je suis pour un temps incertain
des nimbes, de ces volutes minérales
brisant la lame courte et soudaine qui
gonfle si près du rivage ; les courants
et les fonds ouvragent inlassablement !
Je me sens comme pétri de cette audace à
emprunter le chenal secret d'une scansion ;
et je mise sur la possible étreinte qui
à jamais pourrait taire pareille folie,
me laissant guider par l'énergie
magnifique de l'eau et des vents. J'erre,
Ivresse des grands espaces où les cimes
délinéent entre figements et mouvances
les ciels tourmentés d'un automne frais
qui s'esseule à la veille du solstice.
Alentour tout n'est qu'élévation, chute,
abrupt comme  un absolu, sans  fantaisie
qui signerait une vue de l'esprit, l' au-delà des sens.
L' azur profond se couche sur la grève,  
confère  à l'entre-deux mondes
l'essence et l'harmonie d'une rencontre
lénifiante, à la fois éthérée et pesante !
Ce n'est qu'après maintes tentatives
plusieurs approches que je décide d'aller
l'amble des messagères du coup de temps.
Elles m'ignorent et me portent, si léger.
Rien ici ne corrige la moindre erreur !
Il m'appartient de composer, de me fondre
dans ce dédale, ce labyrinthe jubilatoire
en perpétuelle métamorphose où règne
l'imprévisible, ce danger que la fascination
et l'innocence dénient, récusent, écartent.
Ainsi de s'oublier un instant, s'en remettre,
humble, à l'intervale numineux
qui s'apprète avec l'insolence de la beauté ;
ultime galbe avant l'apothéose.
J'en fixe le coeur décisif comme
pour lui signifier reconnaissance
et gratitude. Je vis ce regard intense et cristallin
où se rejoignent hasard et nécessité,
incertitude et volonté. J'habite cette lumière
depuis le songe et le rêve, plus près d'un visage.
Ici s'accomplit  l'expression d'un couple
dont la mer et le brin de conscience
tracent un dessein étrange, presque fusionnel
qui donne vie,  sans raison aucune.
Ne révèle-t-il pas ainsi à la source
le sens de l'empreinte et de toute trace dont les facéties
se fondent dans un ballet de vagues
et d'ellipses  immortelles.
Il me faut composer et trouver, 
sans faillir ni démériter le regain
harmonieux qui sied au silence
de la mer en beauté qu'exaltent  sans fin l'eau et le feu

 

§ 

MARIN -  Partie III / 

2 ème Ecriture le 25.04.2078

 

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