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 Châteaux d'Eau plus au Large. Les jours de grands vents, le domaine des déferlantes s'étend là-bas, les pentes y sont hallucinantes !

 

 

A MILA EMMA CESARE

 

C'est à l'automne, à l'amour, depuis ma souvenance que je pense en ces heures lumineuses et encore si douces. J'invoque le Dieu soleil qui lentement se couche et décline les prémices d'un hiver qui promet d'être froid. Le Levant, la Tramontane  se montrent  bien fréquents. Vents dominants, ils pointent les clartés virides de l'aube septentrionale. La mer, intensément bleue, profonde, massive, croise leur houle lointaine aux abords des îles qui révulsent les passes, affolent des creux imposants et lèvent des châteaux d'eau vertigineux.

Silence absolu, solitude,  riment au large en recouvrant leurs champs de moutons innombrables. Le vol court et bas de la sterne est éloquent. Un grand frais de Secteur Est-Nord-Est comble le vaste Détroit. Comme une marée, il s'engouffre entre de hauts  fragments de terres pétrées, longe caps et pointes et souligne leurs tombants loin vers l'Etrurie. Alors, les feux de la roche rouge à l'azur des ondes, à leur moire d'écume se mêlent. 

Vers le Sud-Est, je perçois comme une pulsation abyssale, secrète ! une poussée qui des abîmes soulève le manteau de la mer en précipitant une houle oblongue qui se redresse en gagnant la côte. La mer du vent ainsi rencontre les charrois d'un coup de vent lointain ; Stromboli, Lipari, Sicile, le vent de Sud-Est nous revient de la Légende, métamorphosé. De longues lignes barrent l'horizon mais ne se confondent pas en se heurtant brutalement. Elle compose le dessin de l'azur, sans bruit, sidéral.

Ça et là, une vision de chaos ; en d'autres lieux, cette étreinte entre mouvance et silence, dans la désolation déroutante  la plus accomplie, livre des joyaux d'ombres, de clartés, de transparences ; splendides camaïeux, lavis bleutés, la mer veille, vrille,  transfigurée par le souffle de l'univers. 

Il n'y a pas de chocs, aucune autre rumeur que le flux, le bruissement de l'eau commuée en nuages, en pluie d'embruns éthérés. Des colonnes perses s'élèvent dans le ciel et semblent délivrer au-delà du ciel une fabuleuse dimension cachée. Tantôt les vagues se jettent l'une contre l'autre, à la surface, tantôt elles surgissent des fonds, sans prévenir, subreptices, étonnantes de beauté dans leur superbe vrillée comme la vigne le fait avec le temps et une impudique ivresse.

Scupture éphémère, ouvrage intemporel, quintessence de l'insaisissable au royaume de la pierre, de l'écueil, des brisants,  sans nom ! Chaque instant est ici le fruit d'une quête, un éveil, un ciel à qui sait baisser, poser les yeux sur quelques révélations, humblement.

Les deux atolls sous-marins ne sont plus qu' une immense prairie de mousse et d'écume pétillantes. Le soleil traverse chaque lame qui se dresse et valse, qui vacille en mourant puis qui renaît de l'inconnu, inhabituelle et belle à la fois comme une fée des songes.

Les courants sont violents, traversiers, rapides, imprévisibles. Une ceinture de vagues en délinée parfaitement les contours immergés. Et les risées, les bourrasques jouent avec  les desseins de la  mer en fleurs. Ainsi de l' éternel printemps exaltant ces mirages d'air et d'eau. Ainsi de la mer effroyable, impitoyable prompte à ravir le rêve, l'exil, à qui cherche refuge et fuit, redoute tant ce mal au monde obsédant, lancinant.

Terrain d'aventure pour l'errant, au comble de la folie traversée de visions ! Comme une enfreinte à la raison : sans aucun doute, une illusion fatale ! mais il n'en sera pas autrement, sans  le pacte d'allégeance à l'éternel qui me rive. Il me faut cueillir la quintessence de l'instant présent dans son écrin de cristal. Puisse-t-il révéler une pensée,  souligner un brin d'harmonie qui s'égare en plaisant aux étoiles, afin que ces noces fugaces habitent à jamais le chant des vagues et des écueils perdus.

§ 

MARIN - A Bord de la Folie - " URIENTI "

Un texte à mes deux petits Enfants Perdus, de l'autre côté du Monde de la Connerie !

 

 

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