FUSION

 

 

Il ne serait point là-bas de champs dévastés
de boues fétides au grain de plomb mêlées
ni d'arbres morts à la dérive des courants
arqueboutant les charrois et les miasmes
des crues torrentielles et dévoyées
qui eussent troublé la luminance
de l'eau de roche tutélaire et la Muse
   Mais que ne vous dirais-je assez
quoi vous conter du merveilleux
d'un imaginaire habité 
depuis ces émaux aux fards indicibles
comblant les ciels
de reflets et de vitraux
où vague la transe lucide
des écueils et des vents d'hiver

La vague m'est opalescence éclose
au-delà des saisons
et divague la raison
comme elle ravit l'alcyon l'alme puffin
Ivresse de la moire absinthe
quel prisme tangible
irise le Souffle de la Lumière
Rien ne saurait entâcher l'aurore
quand les ors et les brumes
de toutes les soyeuses sublimités
des îles semblent à la nuit
se dérober et les dévêtir

Et si tout autour règne le chaos
l'antre des galernes aux nues capricieuces
le récif    un vieil atoll sous-marin
en aura décidé autrement
Les lames accourent de l'Orient
en se croisant
L'onde des eaux profondes
soulignent en secret les terres immergées
et les ceignent de pentes
saphir et ouatinées

Ainsi à souhait comme à l'envi
je contemple en voguant
la dive aura de l'aube
aux desseins de l'azur
depuis les cieux jusqu'aux abysses
qu'ils révèlent et parfont
ces galbes de cristal immuables qui fusent
recouvrant le vaste dédale de pierre dépolie
lorsque s'engrave leur chant lactescent
Ô parchemin marmoréen
sereinement immémorial
retiens le sillage de mon Guide

Et les vagues iront encore véloces
hérauts ou voix messagères
qui se rencontrent et se partagent
une dimension cachée quelques mystères
qui en eussent parfois décuplé la silhouette
Les hauts-fonds rendent à la tempête
l'énergie colossale que l'Océan confie
à l'empire des mers tandis qu'à l'Olympe
les dieux se donnent encore
aux confins du tangible et se soumettent

Quintessence vitale de l'Eau -
Céan féerique des vastités pulvérales
Le verdict létal de la chute
est aux sirènes des mythes habités
qui auront accompagné l'arrogance
ou l'impudence des marins avides
D' entre les beautés de l'arc-de-ciel
et les baves laiteuses du chasme viride
voici l'univers des vérités impavides
hérissé de jaspe vert au cristal fondu
du verre ondé de l'émeraude en fusion

Que fais-je ici    qui suis-je      où vais-je
en cet instant de clarteuses folies
Paréidolies hallucinations ambulatoires
dérangent l'horizon et la quête d'infini
que je poursuis comme une Présence
Qu'en est-il vraiment de ces vagues illusions
de ce labyrinthe à ciels ouverts
où sillonne l'essence de la solitude
dont je me prends à lâcher la chevelure
épaisse et exaltée
ce chignon d'écume qui dévale
le dos lisse de la passion en bruissant
tandis que mon regard plonge
dans l'éphémère  éternel d'un iris

Comme l'ange migre en exil      je plane
et reviens ici louanger les beautés 
de mes primitives innocences
Au coeur de ces vagues arcanes
je croise comme je m'abreuve
de la vitalité anadyomène de l'immensité
pyramidant çà et là
Au sacre de toute assomption
Et dans mon âme alors exsangue
je me fraie quelque voie de réclusion intacte
Instant d'éternité où neige l'écume et l'embrun
Je file mon andante sur la mousse
qui s'étoile dans un ciel palpable
Un cantique s'égrene en claire trille
et quand à jamais l'ivre - moi
s'offre et se fond dans Mer-Océan

Belle Île que comble l'étreinte de nous
Vous dont c'est le chant qui s'éprend
Je livre   errant     l'ivre de cet autre moi-même
d'un Eau-delà auquel je crois
et quand je suis déjà              un autre

§

MARIN - Ivresses Marines  - 

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