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Ce récit donne froid dans le dos ! Le livre en est parsemé, tous autant effarant. Le marin, ayant pour seules données Météo son Baromètres et son Chronomètre marin... Pas d'enrouleur, à l'ancienne et en solitaire, il bouclera un tour du Monde, parfois dans des conditions de mers apocalyptiques...

 

SIR ALEC ROSE  & LOVELY LADY

 

"  1 er Août. Journée très dure et agitée. A peine le temps de saisir quelque chose à manger.

" 2 Aout. A l'aube. Le bateau semble prendre à peu près toutes les postures sauf la quille en l'air. Je suis couvert de bleus. En fait, je devrais diminuer la toile, mais nous marchons dans la bonne direction sous la grand-voile arisée et le tourmentin. Le matin est typiquement atlantique, avec ciel gris et couvert, vagues écumantes. Le baromètre a encore baissé.

" Midi. Baissé grand-voile. Mer brise à bord par-dessus tout le bateau. Le vent hurle.

"  13 heures. Le tiroir à couverts s'est refermé brutalement sur mes doigts, l'un d'eux est salement écrasé. Quand il entre en contact avec l'eau froide, j'ai envie de vomir.

"  14 heures. Ca va de mal en pis. Dû aller à l'avant pour amener le tourmentin. Le vent rugit et essaie d'arracher tout ce qu'il peut. Grosse mer déferlante. Il  pleut à seaux. Il ne faisait pas bon à l'avant, à tâcher de dompter une voile démoniaque tandis que l'étrave vous soulève de six mètres et vous laisse retomber brusquement dans une vallée liquide. Pendant ce temps, la gigantesque lame suivante est déjà sur vous, prête à vous engloutir et à vous emporter comme une proie. On regarde le ciel, il a l'air de pivoter, tanguer et se tortiller avec le bateau. La voile est maculée de sang de mon doigt déchiré. En bas tout est mouillé, car la mer balaie constamment le pont. Des cascades d'eau pénètrent sous le prélart de la claire-voie et arrosent le carré. Les vêtements humides pendus à sécher deviennent plus humides encore, comme les couchettes, d'ailleurs. Décidé de consommer une de ces boîtes de  Horlick's avec du brandy. La tête me tourne de  toutes ces cabrioles, les yeux e font mal, mes nerfs sont tendus à craquer, j'écoute approcher chacun de ces monstres rugissants, j'attends son coup de boutoir... Bang ! et le bateau tressaille, vibre et chancelle, et parfois, avant qu'il ait eu le temps de se remettre, un autre coup l'atteint, le noyant d'eau et d'embruns. Les boîtes et les pots sautent en l'air et  j'ai vu un bouchon  quitter soudain une bouteille et filer à traverser le carré. Ce sifflement suraigu du vent dans les haubans commence à me porter  sur les nerfs. Voilà trente_six heures que ça dure et rien ne laisse  présager une amélioration. Il suffit que je déclare à haute voix : " Je crois que ça se calme un peu " pour que le tumulte redouble. Il faut absolument que je dorme un peu. Après tout, je suis seul ici, attention au surmenage et à la léthargie de la fatigue.

"  19 heures. Je vais me reposer un peu en bas. Il faut que je e nourrisse, je suis en train de me préparer une ratatouille.

" 22 heures. Le vent est moins fort. J'ai un  " cordial spécial " et je me suis fourré sous les couvertures avec une feuille de cellophane par-dessus. Nous devons avoir pas mal dérivé. Pas la moindre idée de ma position,  sauf que nous sommes en plein Atlantique.

 

§ 

IRS ALEC ROSE 

 Sur les Mers Rugissantes

La Course Transatlantique, pages 61 & 62 

Édition / Tchou éditeur _ Bibliothèque de la Mer  _ 1971