IMG_3272__1_

"...  Les pirogues s'en vont
Les pirogues s'en viennent
Et mes souvenirs deviennent
Ce que les vieux en font ... " 

Jacques BREL  - Les Marquises  -

Geoffrey ORYEMA, actuellement de retour dans son Pays, en Ouganda, après 40  longues et dures années ! 

 

 

Voici l'esquisse 
d'une nouvelle, très gabonaise, à l'orée de la vie authentique,
d'une seconde naissance, depuis les brumes d'un songe exilé ...
Un balcon, une vire qui se méritent entre fugues et bac philosophie. 
Des heures de sèches mémorables, toujours punies de travaux 
d'intérêt collectif ; et quelles corvées innommables, 
dans les bas-fonds d'un lycée africain, dont je tais les détails, 
juché entre la brousse Librevilloise et l' Estuaire glauque des crues ! 
Enfance particulière, brinquebalée d'un pays à l'autre...
Alors, à l'enfance qui sommeille de plus en plus en nous, 
au souvenir qui toise et se moque du temps pressé 
d'en découdre avec la matière et l'éphémère !...
Assez de digressions, rejoignons les champs ivres de chants du Gabon
ces années fleuries, enfouies quelque part, que la silve 
primaire comble de  poésie. Aux adolescents de toujours, cette humble nouvelle !

 


LA PIROGUE ET LA PETITE AMULETTE

 

L'amulette aura été fabriquée alors que nous parcourions, 
l'Ami et moi,
les pistes et les rivages somptueux du Gabon, 
il y a si peu de temps, quelques quarante cinq années !...
Signes d'un poisson qui se retrouve enfin,  après tant 
de cauchemars, de péripéties, d'écueils, avec lui-même.

Je vous réponds donc depuis ma deuxième naissance, 
très africaine ; la toute première fut marocaine.
Là-bas, vers l'Equateur géographique, le Gabon !
Qui l'eût un jour imaginé, entrevu ? Hasard ou nécessité ? 
Une pièce rare de l'immense puzzle continental africain ; 
j'y vécus autant d'aventures extrêmes que de folies
éminemment justifiées, incontournables. Paris sur l'existence !
Âme oscillant entre deux hémisphères, 
qui planerait encore volontiers 
vers la terrible ligne de convergence intertropicale
où naissent les tempêtes. Les grains interpellent 
l'histoire, la Traite infâme, l'esclavage en route 
vers les Amériques qui bâtit le nouveau monde
en saignant, en versant toutes les larmes 
du chant noir de la désespérance, des racines tranchées... 
Et le Vendée Globe fuse, sans se retourner sur les forfaitures 
qui jalonnent la douleur des mondes vrais  à jamais séparés, dilacérés  !

 

Les vents tirent fort au large. Les pirogues évitent
sur leurs amarres, pointent une dernière fois 
le rivage perpétuel de leur étrave colorée. 
Craintes sur les petits bancs de l'esquif ancestral. 
Il convient de redouter toujours le Pot au Noir dont on tait 
le funeste sort réservé aux captifs rebelles
que l'on embarquait de gré ou de force.
A fond de cales, enchaînés puis malades ou de trop, 
ils étaient jetés  par-dessus bord suivant les conditions du périple,
à destination des îles du Golfe du Mexique.
L'Océan garde, insondable mémoire, le goût amer 
des inhumanités et du parjure, de toutes les trahisons.

Et pourtant !  Étranges appels que ceux des grands espaces. 
A la rencontre des peuples de l'eau, du feu, du sacré
et de la forêt, à l'aube d'une nature subjuguant l'illusion,
le mirage. Par les étendues infinies de la côte et des bois dérivants,
nous allions à perdre haleine, confondus, tandis que  nous 
longions, l'Ami Jean-Pierre et moi,
une infime partie des rivages africains, tant de splendeurs
ainsi révélées, à bout de bras, de détermination ...!

Je demeurais à Libreville de l'âge de 14 à 19 ans,
grandissant entre l'émerveillement et la découverte. 
C'est aussi sous ces latitudes que je devins citoyen 
des Mondes, auxquels je voue un profond respect.
Je fus  conquis par une diversité qui 
n'aurait d'égales que la vérité et la liberté réunies 
autour d'un noble et même dessein de vie, de faits
remarquables, là-bas, 
tellement prégnants, vitaux, parfaitement aboutis ...

Plus encore qu'une pensée, la vôtre, comme un geste 
qui côtoie et ravive ce quelque chose réfugié en moi, 
il y aurait déjà si longtemps et qui demeure, tout autant immédiat. 
Une attention qui inspire cette prose, pour un exil 
un tantinet poétique, un tout tourmenté 
bien souvent par ces questions sans âge
qui éclairent en définitive les chemins de l'existence. 
Du fond des solitudes azurées
qu'il m'arrive d'emprunter avec émois, 
tout en prenant de l'âge, renouer avec le passé
importe peu. Mais de recouvrer 
les dimensions de l'instant numineux dont je fis 
vers ces contrées d'exceptions,
le seul credo qui vaille nos détours et les risques
encourus de l'oser mettre en pratique...
Aucunement nostalgique, j'écris ce texte, comme il importe
de s'abreuver à la source du réel faisceau de la récompense,
non évaluable, juste tangible, 
jamais quantifiable ou éphémère, qui nous gratifiait !

Quête d'inconnu, rejet du conformisme, du dressage primaire, 
fascination de l’imprévu, 
goût de l'improvisation maîtrisée, toujours est-il que ces élans
bien ancrés me définissent. Ils me ramènent 
sur les berges lointaines de l'estuaire, du fleuve Kango, 
vers la pointe Pongara et, plus au sud, le phare de Gombé. 
Une pointe, un cap mythique où nous nous affranchissions, 
l'Ami et moi entre audaces et aventures 
initiatiques totalement irraisonnées .
Terres de désolation ou de dive complétude qui nous eussent
tellement fascinés et rapprochés de l'essentiel, 
des habitants de ces territoires  uniques, merveilleuseusement adaptés.

Vers le Nord - Ouest de Libreville, les Caps Esterias 
et Santa-Clara. Destinations vers lesquelles deux intrépides 
faisaient leurs armes d'apprentis-marins-pêcheurs. Ils y 
délimitaient un terrain de jeux résolument dangereux,
dont les dérives relevaient de l'insolence et de l'impudence 
juvéniles ... Mais aujourd'hui, je sais combien tout ce qui 
échappait à la conscience se réfugiait à l'intime inexpugnable 
de soi, en esprit, unitivement, nûment  ...

Une pirogue gabonaise taillée à l'herminette, dans la masse,
naissait sous les badamiers et les filaos du bord de mer. 
Issue d'un seul tronc, comme par magie, 
la sculpture prenait forme sous nos yeux ébahis. 
C'était là l'ouvrage habituel d'un un vieil homme, mené 
dans la parfaite égalité des heures du jour et de la nuit . 
Un sage, le visage bistre foncé, buriné, véritable icône 
des latitudes équatoriales, de l'Afrique dite Noire, 
s'affairait, inspiré par le chant des vagues et des oiseaux !
Il tenait, pour son très jeune ami blanc, la promesse 
qu'il lui avait faite, avec une touchante application. 
Telle était l'expression de ces richesses que l'on aune pas
aux vues de l'éphémère, à l'argent, aux besoins futiles 
d'une adolescence expatriée, plus soucieuse 
de se cramponner aux modes, aux clichés en cours 
et prisés de la lointaine métropole.
Aussi,  avions-nous accepté ce viatique avec une joie
indéfinissable ! 
Griller nos premières cigarettes auprès de lui, 
s'émerveiller de la précision de ses coups portés
au bois tendre, le vol des copeaux d'okoumé sur fonds 
de grandes marées, de chasses, le chant fredonné
des piroguiers valaient alors gages d'un savoir 
ancestral immuable.
Voilà qui exaltait l'existence des deux " petits 
blancs d'Afrique ", dès lors investis à bord 
d'une embarcation très couleurs locales !

Mue par un très vieux moteur, révisé pièce par pièce 
en présence de l'Ami Jean-Pierre, la pirogue devint 
un merveilleux outil d'exploration du pays et de randonnées. 
Nous découvrions  sans frein les rivages d'une terre livrée 
aux barrissements des éléphants, à l'errance bruyante des phacochères. 
La litanie de la longue houle, l'Atlantique Sud 
berçaient nos folies nocturnes, à quelques 
milles de la côte sauvage plongée dans l'obscurité précoce. 
Les animaux de la brousse entonnaient l'hymne de la canopée. 
Le choc des billes de bois qui s'éperonnaient, soulevées 
par les épisodes de marées, tonnait, emplissait les lointains. 
Et la pêche à la daurade commençait, une fois à l'ancre, 
immobilisés, suspendus que nous nous trouvions 
au-dessus d'un imposant plateau sous-marin...
Quelle trace infime dans le ciel 
des créatures marines se mettait alors à danser
parmi les étoiles, au clair de lune bienfaisant ! 
Comment l'imaginer sans craindre le pire, 
lorsqu'en dessous croisaient de très gros poissons ?

Et quand  le moteur ne s'imposait pas, 
les jours sans le sou, il fallait descendre l'Estuaire, 
au rythme du jusant pour revenir avec le flot, 
à la force d'une simple pagaie mouvant sur de longs bords 
la lourde pirogue et son chargement de fortune. 
Les ampoules s'en prenaient aux doigts, à la paume 
des mains rendue à vif, quand ce n'était pas une crise 
de paludisme ou de " Dingue " qui terrassait les braves, 
tapis sous le roof, au fond de la pirogue, baignant dans le jus 
d'aloses, ( grosses sardines des estuaires ), 
la mèche de cheveux naturellement laquée et collée
au front par les baves poisseuses du butin, 
la tête reposant entre la raie pastenague et le rouge 
du Gabon dont il ne convenait pas de croiser le regard vitreux !

Une fois en mer, le vent de terre sollicitait fortement l'unique 
amarre que nous observions avec inquiétude. Le filin de l'ancre
plongeait profondément en emportant son faisceau phosphorescent 
de plancton qui l'entourait. Vertiges ondés de toute cécité  !
Allait-il se rompre, allions-nous chasser et ainsi 
nous perdre au large, à jamais réfugiés, dérivant ? 
L'émergence de la vie sous-marine,  
dans toute sa splendeur irradiait le monde du silence. 
Soudainement, des bruits étranges 
surgissaient ; nos regards se croisaient, à peine visibles,
d'une extrémité à l'autre de la pirogue, 
dans la pâle lueur tremblée de la lampe à pétrole. Une masse
mouvante se signalait à la surface en abandonnant un 
imposant remou, un bruissement qui écorchait la nuit. 
Nous prenions conscience des abîmes
qui distançaient l'esquif  du rivage, comme des dangers de la barre
qui nous eût définitivement absentés en cas de retournement...
Une redoutable zone de rencontre entre les eaux limoneuses 
de l'estuaire et le flot des vagues de l'océan ; Il reprenait ses droits, 
sur une mer hérissée, fantomatique, au gré des courants,
lorsque la pirogue volait et ne tenait l'équilibre et son cap
qu' en fusant de crêtes en crêtes d'écume. Elle s'appuyait  
en sautant  d'une  vague à l'autre,  souvent invisible...

Au petit jour, il fallait rentrer, naviguer au diapason 
des coups de pagaies redoublés de nos compagnons 
pêcheurs togolais et guinéens. Des marins aguerris
qui glissaient entre lames et rouleaux, au ras de la dune.
Nous les regardions manier avec art leur coque effilée,
pour ne pas chavirer. Leçons de choses, 
sciences appliquées, dynamique des fluides ! 
Une joie intense allait l'amble des vagues qui 
déroulaient en soulignant un épais cordon lagunaire, 
au sable de lune étincelant de clarté, immaculé ! 
La nuit avait été vaincue, devenait un intervalle 
désormais palpable, 
dépossédée de toutes les peurs de l'adulte qui naissait.
Mais de l'Océan, à la fois craint et fascinant, 
indéfinissable, immensurable, maître de tout, 
seul référent à considérer à l'orée du sacré, 
qui octroyait et rendait à chaque fois la vie !
Qu'en était-il vraiment, comment, pourquoi ?

Nous en étions certes revenus, depuis la veille 
au soir, après tant d' heures passées à bord, sans étoile. 
L'orage équatorial accourait de si loin, avait une fois 
de plus épargné la frêle pirogue qui roulait. 
Chaque échappée revêtait son lot d'insouciances ! 
Mais nous demeurions au-delà de tout, Un, unis 
d'un bout à l'autre de ces aventures extrêmes, 
acteurs autonomes, choisissant de n'avoir gardé à bord 
que quelques paquets de biscuits mouillés ; frugal repas ! 
Ainsi d'opter en définitive pour le crin de pêche, 
le mélange énergétique qui menaient tout droit 
à la concrétisation de riches projets, réussis et 
formateurs à souhait.
Concevoir dès lors le cours de nos évasions, indéfiniment, 
hors du cadre et de l'habitude, devenait l'unique 
possible qui eût valu autant de préparatifs et 
d'engagements sincères. 
Évoquer la survie eût été impossible, gênant, 
une entrave ; nous nous oubliions, impliqués
dans les méandres de l'action,
une action rétive à toutes les formes de l'angoisse...

Il importait de progresser ; dépasser l'épreuve, 
tendre vers quelques brins d'harmonie que nous sentions 
à portée de la main, là où la mer rejoint le ciel, 
où le temps fluctue ainsi que toutes hypothétiques 
visions de la naissance de l'univers, des exoplanètes. 
Certes, le nôtre était comme circonscrit,
soigneusement marqué sur la carte marine de l'époque ! 
Un cercle d'actions qui valait tremplin 
pour une acception, une interprétation des mondes 
qui ne souffrait plus d'artifices. Limites et marges de 
manoeuvres qui abandonnaient une profonde empreinte 
au plus intime de l'âme, douloureuse et apaisante 
à la fois. Voie certainement initiatique.
Une empreinte à qui je dois bien souvent le fil 
de ces mots, errant, comme éperdu 
par le filigrane des pensées abandonnées au sillage, 
tel un corps mort qui vous rive au port de fortune, 
en cours de route, un dernier accord !
Nous laissions tant de joies à la dérive, 
par-devers toute appartenance, tout modèle
qui un jour allaient brider, grimer l'horizon, 
grevant durablement notre imaginaire audacieux ; 
Des horizons dont on se dit qu'il peuvent être devant, 
derrière soi, mais jamais figés, intemporels, 
à la semblance immémoriale de la mer, de l'océan. 
Un océan de souvenirs, d'images, de sourires 
bons et joyeux, ceux de l'Ami, des hôtes
qui nous abritaient lors des pluies
diluviennes, à la saison humide, dans leur petit village
de huttes, de toits de tôles ondulées qui défiaient
la tornade et qui exaltaient le tumulte des averses 
zébrées d'éclairs.

 

Lors de toute évasion, à court d'eau potable, 
l'instinct guidait ses ouailles vers les tonneaux 
de fers rouillés qui avaient recueilli les déluges, 
les averses de la nuit équatoriale. 
La chaleur était mordante et la soif obsédait, 
lancinant les papilles, gerçant déjà les lèvres.
Nous chassions alors les insectes qui nageaient 
à la surface du gros fût pour y plonger la tête
toute entière, pareils à l'assoiffé au désert !
Quelle délectation que cette eau juste buvable,
un peu saumâtre, régulièrement renouvelée, 
sur fond de liquides suris ! Instant de bonheur, 
tourment étanché, nécessité enfin dépassée ! 
Vers la mer, allongée sur le banc de sable, 
la pirogue rassurait, resplendissait.
Elle reposait sur deux billots de bois ; 
la lumière était aveuglante, le soleil dardait 
des rayons blancs aux reflets acier. 
Qu'entreprendre d'autre sinon 
dresser une tente improvisée aux côtés de l'esquif 
providentiel, entre la lourde coque inclinée 
sur son flanc galbé et les bords d'une vieille toile 
de coton déchirée, maintenue par quelques bâtons 
plantés dans le sable crissant, brûlant. 
La nuit, une moustiquaire percée tentait de 
prévenir les attaques des insectes voraces, des crabes ; espèces rares, 
mutant au gré des saisons, de l'intensité des touffeurs
pesantes qu'exhalait la mangrove toute proche.
Pendant le sommeil, à la faveur d'une légère brise de terre, 
les fours à poissons fumaient les chairs blanches 
du dernier butin, soigneusement découpées en de larges filets, 
lentement, jusqu'au lever du soleil.
Tant que la brise ne renversait pas, les senteurs
de la cuisson aiguisaient sans frein l'appétit féroce
des intrépides. Le village y  veillait, tout proche, rassurant.

Les péripéties dansent dans ma souvenance ; 
où suis-je, qui suis-je, de quoi demain sera-t-il fait,
pourquoi ici, maintenant, seuls au-delà 
des rivages du Gabon, vulnérables et 
immortels à la fois. Nous aurions osé, risqué la mise 
de l'émotion, de la mort, d'un espace-temps 
dont il nous semblait parfois contrôler les flux 
d'une énergie surnaturelle, indéfinissable ?
On se pose tant de questions à cet âge, en mer,
lors de cette transition primordiale qui de l'innocence 
à la réalité est sensée ouvrir les bonnes portes !
Et c'est avec les années, le recul, le manque, la punition,
cette absence qui distance, que mûrit et s'organise 
la frontière entre l'imaginaire et le réel, un pont qui 
de l'un à l'autre permet de rêver sa vie, 
avant que de la perdre un peu en se rangeant, 
en se raisonnant à l'abri des lumières de la grande ville, 
par trop de promesses galvaudées.

Tout est-il déjà écrit qui me vît avant, explorer les scènes 
d'une autre dimension dont j'eusse été le promis ? 
En aurait-il été ainsi, après mon retour du Gabon, 
là où j'ai certainement laissé mon âme, suspendu
entre une histoire et sa probable genèse, le dénouement 
inscrit quelque part, qui se doit d'être ou de mourir,
avec moi, en quittant ces havres qui furent les nôtres ?

Un masque Mpongwé, une poupée africaine : 
quintessence des arts premiers ! Mystères de la sylve
immensurable, de la mémoire originelle
ici encore si vivante, prépondérante ! 
Une pirogue, la forêt dense, vertigineuse canopée, 
tant d'essences musquées aux grains carmins et 
ocres, le bois omniprésent, les milliers d'oiseaux multicolores 
dont certains parlent si bien,
que l'on capture et vend jusqu'à leur disparition ! 
Le regard de ces femmes et de ses hommes vêtus de toutes
les couleurs de l'arc-en-ciel,
les marchés aux poissons et les criées mémorables, 
délicieusement animées, les fabuleux palabres devant les étals, 
le rire intarissable des pêcheurs, je ne laisse plus 
de rappeler à moi ces moments de dents blanches, de sourires  et de pagnes bigarrés 
d'une rare intensité, d'échanges, de partages.
Car il faut bien aussi vous dire que nous étions 
de la grand-messe de l'Océan et de l'Estuaire 
en vendant notre poisson  à la criée ! Prix battant toute concurrence.

Il importait plus que tout de réamorcer le prochain 
séjour en mer. Renouveler les crins épais, hameçons et 
filins de bas de ligne, l'imposant lot d'aloses, 
ces réserves d'appâts que nous emportions 
dans une glacière remplie de pains de glace pilée,
le mélange pour le moteur et la nourriture pour 
deux ou trois jours à emporter, le pétrole de la lampe 
tempête, unique fanal à bord qui eût prévenu l'abordage !.... 
Ainsi, respectueusement de calquer les préparatifs 
en fonction de l'alternance des marées, 
des périodes de chaque lunaison, de la saison sèche ou des pluies.

Les réserves de carburant embarquées limitaient 
le rayon d'action, épargnant la raison, le bon sens. 
Nous serions-nous aventurés très loin, Port-Gentil, peut-être ?
Si la pirogue avait été plus spacieuse :  certainement ...
Pour y avoir si souvent pensé, combien étions-nous déçus de renoncer au périple, 
dépassés par les contingences matérielles, les exigences 
de l'aventure sans concessions ni compromis qui 
pressaient le départ.

Elle s'appelait : " PONGARA ", elle était bleue et rouge, 
très belle, comme les ballons, les petites voitures 
des enfants. Nous l'aimions.
A l'avant, le guide avait installé un brise-lames 
qui lui donnait une fière allure et l'élançait sur l'eau. 
De ce poste, on observait, on scrutait l'antre obscur de l'Estuaire 
sans être giflé par les embruns, durant la course folle 
de la petite embarcation traditionnelle  lancée vers l'horizon flou des chaleurs. 
Il était impérieux de prévenir toute collision 
avec les grumes qui se détachaient des charrois de bois
lâchés en amont du fleuve par les forestiers,
qui dévalaient le large Kango, à la rencontre de l'Océan. 
De nuit comme de jour, la vigilance était de mise, s'imposait...

Une Pirogue, une figurine gabonaise qui lui eût aussi valu
statut de mascotte, de porte-bonheur à bord ! 
Figuration, gri-gri Fang, sûrement, Bapounou ou Batéké, 
Mpongoués ? ...
Nous étions jeunes. Âmes généreuses qui se livraient 
aux fruits des rencontres, de la toute première passion,
entre une nature originelle et le socle commun 
des valeurs humaines que les villageois transmettaient 
sans aucune retenue. Tant d'ethnies de la mer et des îles
que les vents joignaient, regroupées autour de villages 
aussi propres que beaux, adornés de filets multicolores. Tout y évoquait le labeur 
et l'accomplissement de l'essentielle simplicité.
Ainsi, chaque détail avait sa place dans la complétude et l'harmonie 
d'un dessein impérissable et chaleureux dont nous étions accords...

 


Je vous le dis encore une fois, à vous qui me lisez ici: 
j'aurai écouté, aux confins de ce pays de légendes, le bois qui chante,
le murmure de la source courant sous l'humus épais 
des forêts, le silence inquiétant des marigots, 
la complaintes des piroguiers 
traversant un bras de l'Ogooué,
à Lambaréné,
qui louaient encore les miracles d'un vieux Docteur 
épris de vie, de respect de la vie, 
investi entre humanisme et mystique. Révélations
d'un exil prodigue et bon à la fois.
Magie de l'Océan et des marées 
que la lagune invite, au coeur de la mangrove flamboyante.
Et quand il nous était donné la chance 
de croiser le quotidien des pécheurs, 
leur village posé sur un croissant d'astre étincelant, 
éminemment conçu et entretenu. 
Que d'émotions rejoignaient alors  les langueurs 
de l' infinie beauté, tant de solennités !
Un essaim de pirogues égayaient le couchant. 
L'Océan nous apparaissait derrière le filigrane bigarré  des filets.
L'ombre de l'artisan  tissant encore et toujours la chaîne et la trame 
de ces jours intemporels

 

...

Pour vous, ce petit texte en guise de modeste nouvelle, 
près de ma pirogue, sous le regard énigmatique de la forêt, 
de la petite amuluette, désormais fétiches ! 
Quant au chant de l'Océan,
il m'est encore et parfois donné la joie de le parcourir 
avec les puffins, les dauphins, autant qu'il m'en prend l'envie 
séduisante de croiser, de mettre le cap sur la Croix du Sud, au terme de la route.

A bord d'une enfance africaine, avec mon Ami, ce brin d'éternité, 

souvenirs

dont je vous offre l'humble et modeste évocation, 
avec le coeur des petits nomades - aventuriers que nous 
étions ! Deux petits objets que le destin rassemble et lie à l'âme du rêve ...

§

MARIN DE TOUJOURS

En toute première Ecriture et à suivre ..!

Corrigé à 18h30 + ce 27.11.2016 23 h, encore à revoir, sans certitude, aucune ! L'école est trop loin,  " ce qui est important est invisble pour les yeux " ! alors des fautes ... à bord de la pirogue !

 

DSC04758