Joshua

 

Merci Claude, pour ce Lien, ce poème qui me colle à la peau ; comme un mal de terre  que je ressens au plus profond du regard océan. Des sens à la toucher, la caresser, la sentir, l'entendre, la goûter ! C'est là un très beau cadeau que vous me faites, de très très loin, tout près, mais déjà ailleurs, hier, après demain... La mer, ma folie et ma nuit, mon hiver qui ne sauraient abjurer, abdiquer, qui cachent comme ils bercent dans un lit azur les habits de l'exil, le chagrin des paradis perdus, l'espoir... Mer, allégorie, nacelle, que ne réfugiez-vous d'autre que la distance qui, de nous-mêmes, absente et enfin délivre, libère ? 

Marin


Garde-moi, la mer, garde-moi 
Blotti dans ton profond coma 
Avec ma gueule et ma fanfare 
Avec le vieux feu de mon phare 
Pareil qu'un briquet d'amadou 
Et ma manie de perdre tout 
Avec mes frusques avec mes tics 
Mes trucs 
De milliardaire sans fric 
Mes cris de noyé à la noix 
Garde-moi 

Garde-moi, la mer, garde-moi 
Contre la grippe des frimas 
Contre l'âge et contre moi-même 
Contre les ennemis qui m'aiment 
Garde-moi contre ceux qui rient 
Qui comptent, qui gestent, qui prient 
Contre le vertige qui ment 
Et l'assassinat des serments 
Contre tout et tout contre toi 
Garde-moi 

Garde-moi dans ton bikini 
Garde-moi au fond du tamis 
Garde-moi, la mer, comme on garde 
Sa vieille montre qui retarde 
Avec sa rouille et son heure fausse 
Avec les rendez-vous qu'on chausse 
Comme on garde un mini pays 
Un territoire tout petit 
Qui pisse dans son pyjama 
Garde-moi 

Garde-moi, la mer, garde-moi 
Dans tes archives de cinéma 
Dans tes rouleaux de pellicule 
Garde-moi après la virgule 
Après la dernière cigarette 
Avec mes ongles et mes arêtes 
Avec mon cœur et mes travers 
Dilué tout au fond du verre 
Dans le ciel de ton estomac 
Garde-moi, la mer, 

Garde-moi 
§
ALLAIN LEPREST