RENCONTRE_

 

§

 

De longues pannes de nuages enténèbrent l'horizon. Les grains voilent nos lointains. Les  plus hautes cimes ne sont toujours pas revêtues de neige. Le solstice d'hiver divorce de la lumière artificielle et des pluies acides. Sur la mer, un vent hybride vent fronce çà et là ses champs azurés,  jadis parcourus  de longues traînées d'écume et de rêves.

Qu'en est-il de nos saisons, de ces frimas prodigues qui promettaient le chant des sources, l'estive fraîche et délicatement arrosée ?  

Je marche sur la grève. Un flot obstinant, répétitif, lèche le contour immuable de la Grande Mer ; pas un oiseau. Rien qui sur l'azur  eût donné signe de vie... Mais du deuil vivant au royaumes des agapes !   de la mer sépulcrale, de la  pesante solitude !  

Un couple âgé croise mes pas. Rencontre sans lendemain. Nous nouons un brin de conversation, dans la moiteur sensible d'une probable  dépression. 

_ " Le temps aura bien changé ",   

me concède cet ancien du pays. Il parle en langue Corse !  

_ " Je connus un temps où les cimes de Cagna, en Décembre, étaient recouverte d'un épais manteau de neige. Le Maestrali donnait si fort, si souvent, que des villages nous entendions le grondement des vagues " ...

_ " Le réchauffement est là, incontestable. Alors, tant qu'il en est encore temps, profitez bien  des dernières saisons avant que ne disparaissent d'abord et à  tout jamais nos hivers. 

Cet homme très âgé me salue puis, s'en va, d'un pas lent, comme épuisé. Apparition prophétique foulant l'infinité du sable et de ses empreintes. Il regagne sa voiture après avoir côtoyé la mer de son enfance, ces rivages qu'il ne reconnaît plus.

De l'autre côté du Golfe légendaire poussent des verrues, des horreurs, je veux dire ces pans de murs  au rabais, ces constructions infâmes  qui défigurent le visage antique des Îles rebelles et libres.

C'est ainsi, et on y vient en masse, comme de parfaits petits baigneurs béats,  à toujours ravis, feignant ou ignorant d'ignorer  de ne rien voir qui eût perturbé leur petit monde sauvage à souhait  ! 

Ainsi des ces Îles que l'on dit Françaises, Bronze-Culs de l'Europe occupé, dé-culturé, défiguré 

!

OURS D'OTA

Pour

CORSICA...GO56