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A ce Torrent qui n'est hélas plus qu'un sale canal où la modernité se serait vendue et vautrée  aux prix  inestimables des berges, des rives  et des  arbres morts. Au chant de la belle  vallée qui n'est plus, aux cours torrents-ciels des eaux des nuages que les turbines souillent de vases et sans vie ! ... A la Pieve d'Attalà qui vécut de ses champs fertiles et florissants. Ils nous léguèrent  les richesses d'une osmose et d'une harmonie perdues des cimes  aux rivages des golfes et des baies ... Alors, que toute la dune recouvre ses jardins d'hiver et de printemps, ses havres de paix l'été ; à l'automne, l'errance qui eût comblé l'artisan et ses bois imaginaires...

Jeunes de nos villages, nous étions RIZZANESE  ! et rien n'eût défait le cours de ses métamorphoses et de l'éternité en allée rejoindre le cycle immuable du Grand Bleu !

 

TORRENT - CIELS

 

Je marche   j'arpente la très longue dune
La houle chante au rivage
Une large ouverture signe les épanchements de la  dernière crue
Vers l'intérieur des terres
rebuts déchets produits de la distribution
jalonnent désormais les berges dévastées du torrent
dont le cours en amont aura été définitivement  arrêté
Le grand chambardement des machines
président désormais aux injonctions de la Nature
non sans d'irréversibles conséquences


Je vais vous dire l'histoire de ce torrent  des hauts pays
Seigneur des monts et des vallées
d'une Île    d'un songe Kallistê
sans autres fards ni artefacts
que ses charmes tutélaires
Voici un majestueux torrent de montagne
que rallient quatre somptueux cours d'eau
Ils s'en reviennent de l'aube des temps
avec leurs milliers de myriades
de lunaisons
Ainsi du destin des croissants de sable
et des rivages
d'une côte aux milles facéties des saisons
et des arbres centenaires

Rapide    encaissé aux vasques lumineuses
il bondissait de chaos en vertiges de cascades
comme il contait les scènes mélodieuses
et les actes champêtres d'un vaste théâtre
Torrent que les pentes des vals et des combes
abreuve toujours
de rus en ruisseaux depuis les cimes
et qui vers la plaine et la mer
se métamorphose en un large fleuve
une embouchure
drainant bancs de sable blanc et limon doré
bois des îles parfumés
jusqu'à à l'intime vital des étendues
solennellement lacustres
et très africaines

Mais nous le vîmes peu à peu dépérir
s'obstruer
lorsque les hommes manquèrent un jour
à l'appel des champs et des vergers
à la noria des moulins ancestraux
de ces chemins aux gués et aux berges
féeriques

Plus tard lorsque la destinée des communautés
prit le train de la modernité et des nécessités tentaculaires
l'industrie la grande distribution s'accaparèrent
les rives et le lit du torrent légendaire
affublé de contes et de légendes
On y répandit des hangars des entrepôts
des machines outils sans oublier de lui flanquer
à proximité une carrière et ses engins de destructions massives
Chaque an lui infligeait son lot de mains basses
et d'annexions vouées à l'enlaidissement
aux plus viles dégradations des murs gris
des grillages et des barbelés
La laideur et la beauté ne relèvent  plus du même mode opératoire

Ce fut le déclin de la dernière portion de vie du cours d'eau
vénérable dont s'enorgueillissait toute la Pieve
Mais cela ne suffit pas
Il fallait que le chant du torrent
à jamais fût interrompu et méprisé
que ses forêts fussent abattues
et le voyage des eaux des affluents
irrémédiablement détourné et faussé
Au plus profond d'un ravin dans le canyon
de granit et de porphyre
le mauvais génie lui barra la route
l'entrava et le contint derrière un géant de béton armé
arqueboûté avec des falaises lisses
des gueules béantes
crachant le flux par le tumulte des turbines

En aval l'énergie captée transformée distribuée
parachèva d'enlaidir
les joyaux du noble et bel écrin naturel au nom éponyme
L'usine hydroéléctrique étendit
son maillage et son réseau denses
de filins et de pylônes d'acier
par(delà les sommets
Tout de l'homme artificiel resplendit désormais sur ce qui fut
de splendeurs et de vérités passées
qui n'eussent à jamais travesti la marche du temps
et la lumière
Et si l'amont au-delà des forfaitures
laisse encore aller l'eau pure
il n'en est plus de même au bord de la mer
si près de l'azur là où tant de desseins jadis s'accomplissaient


Il y a les jours de fortes crues que les siècles
antan assumaient sans faillir mais qui de nos jours
convoient les charrois immondes du progrès
ces monstres ces carcasses que l'on regarde passer
dans le courant et que les arbres arrachés retiennent
pris dans leurs frondaisons enchevêtrées
Et puis en guise de decorum les déchets
jonchent berges et sablons par centaines
avant que de rendre au Grand Bleu ce qui ne saurait être vu

Sur le coteau à l'orée du maquis et des sables
voici une immense station d'épuration et de traitement des eaux " usées "
trônant comme une balafre sur le paysage marin
défigurant le visage de la terre vu de la mer
J'observe avec attention le dessin de l'immense cordon
lagunaire et sablonneux
Inquiet je découvre qu'il mincit et désaipaissit
Les vagues de la mer tempétueuse le recouvrent
et passent au-delà à chaque marées de coups de vent
Elles achèvent d'enfouir et de cacher les stigmates
d'un mépris révoltant des ignobles bavures

L'argent et le profit n'ont ni odeur ni respect
Quant au commun des mortels il passe et ne regarde pas
la voie que la démence et la démesure empruntent
du commun accord
de l'hypothèque sur l'avenir condamné de Mère-Nature

Je voudrai vous accorder la part d'un rêve
ce faisceaux d'espérances qui m'habite depuis si longtemps
afin que l'on redonne force au long décours
de ce majestueux torrent devenu malade
Ne perpétue-t-il pas la mémoire
à l'instar de tous les autres qui sur Kallistê
ouvragent et oeuvrent aux beautés perpétuelles
Oui cironscrire et repérer le vaste domaine des vagues
des eaux retrouvées et des sables
tout ce que les vents et la mer soulignent ou esquissent
depuis le commencement et qui font de chaque Île
un écrin intouchable qui doit deumeurer intouché
On assisterait au retour de tout ce qui flamboyait
aux quatre saisons en leurs almes migrations
qui seraient invites vers les plus beaux voyages célestes
que Terre d'Ex-Île KALLISTÊ nous eût jamais offerts

§ 

 

Ghjorghju D'OTA  - Poésie - Prose -  Pour l'amour d'une Terre, Ex-Île