URIENTI_

 

Un faisceau de lumière solaire balaie une  mer enténébrée. Le froid cinglant persiste et rudoie. Désolations habituelles, prémonitions, voici le tribut de l'appel des îles et des récifs ! Mais  à "  ton naufrage, n'accuse pas la mer "  affirme l'adage  au  dictamen de la conscience qui s'élance... Ainsi soit-il, écrit ou pas. Désormais, il importe moins  de prier que  de comprendre, d'embrasser ce qu'il est donné de traverser, de partager, de disputer aux coups de temps en dépit des ans, des ahans, de l'âge qui cavalcade.

La vérité frappe, aveugle, qui s'embusque parfois à bord de l'invisible paille dans l'acier trempé qui cède, de l'infime défaillance matérielle. Mais il est trop tard !  Le solo ne concède rien ; tel un verdict, un diktat  qui ne se soustrait ni à  à l'imprévu, ni à l'inhabituel de  l'accident, de la fortune de mer, aussi minime soit-elle.

Et la mer demeure, large ; vaste domaine des proportions, au-delà de tout, maîtresse, un absolu. La représentation n'est plus de mise.Les éléments, le temps et l'espace confinent à la désespérance lorsque de l'esquif harmonieux qui te distance, l'azur lui ravit le port racé.

Orphelin, abattu, inexorablement inerte, corps flottant à la dérive, te voilà donc privé de liberté, si près de la chute, abyssale pensée. Viennent alors  les visions d'un interface chaotique. Le miracle vague. Lointain mirage que griment le génie et ses illusions perdues. Malgré tout,  penserais-tu, serais-tu revenu, sans l'ombre d'un doute, à l'élément tangible d'une partition ? 

Survie, oui, survivre pour qui reste  livré à l'insaisissable profondeur, au sursis de l'a - pesanteur  !  Et de ne rien  lâcher du lien qui unit ;  comme le dernier support, l'ultime principe physique, chaque brasse  égrène le cours des heures. Là, au coeur des flots que les vents hérissent et bouleversent indéfiniment, que ne tentes-tu pas ;  jeu impitoyable !

Quant au jugement, ou de raison,  qu'ils soient pour une fois tes alliés !  Rivé et tendant  vers le seul point tangible de l'hypothèse que tu ébauches. La déduction vient après l'acte et ses sanctions. De toi, oublie tout, fais table rase du passé, du futur et cramponne-toi à l'instant qui va et se répète ;  présent obstinant. Car de lui, tu découles et renais  des eaux

Que tes sens lui proposent quelques repères dont le défilement irréfutable à terre te rend lentement mais sûrement la délivrance. Chaque geste, chaque regard compte, s'additionne, réconforte. Ainsi  de tout  brin de sagesse cueilli à l'aune de la volonté.

Âme à la mer, tu  tentes l'impossible retour. Un cormoran rompt la dolente solitude.  L'oiseau marin décrit en vol de grands cercles au-dessus de ton corps et ses ébats. Là  n'est point  son habitude. Puis il abat, poussé par la bourrasque ; ce sera pour clairement revenir, encore une fois, traduire quelque chose d'étrange sur le parchemin de l'azur ? Le prince des airs,  au vol sûr et puissant, perçoit comme il cerne toute la tension de la situation ; il paraît  inquiet, regarde avec insistance. Présence redoublée ou témoignage de la vie au milieu de nulle part.  Noire aura ou bon augure... L'avertissement et le signe reviennent à l'appréciation d'une volonté qui  arpente la profonde dépression qui étreint. Dédales opaques dont on ne devine point  les arcanes.

Le vent forcit. Il t'importe de l'utiliser et gagner ainsi, peu à peu,  vers plus de rivage, de proximité, de sécurité. Le temps passe vite et la lumière du jour décline. La côte est encore si loin et l'atterrissage,  toujours incertain.

Les tempêtes ont rejeté sur les plages et les rochers leurs marées de détritus, de déchets ; bidons, bouées de mouillages, cageots en plastique, du bois mort, - ce qui est moins grave - ! Un épais nuage  d'algues oscille au diapason de la houle de fond, lourdement ; atmosphère austère, bords de mer dont on ne reconnaît plus les visages familiers,  qui  repoussent plus qu'ils n'accueillent...

Sous le vent, "  Circé ",   abandonnée, dérive, poussée par le grand frais  et ses rafales. Elle traversera le large détroit des Bouches de Bunifazziu, rejoindra probablement l'île-soeur ou sera pulvérisée  sur les brisants. Naufrage ! Mon petit esquif disparaît, happé par  la Tramontane ...

Il nous arrivait de parler ensemble, du moins de s'entendre pour ravir et enchanter  le champ des vagues,  des pèlerins de l'éther. Nous devenions alors  ces hôtes particpant,  fidèles et vrais, à  une précieuse symphonie marine.

Je l'ai  longuement regardée,  qui s'en allait dans le lit des vents. Une nage forcée ne me l'aura pas rendue. Je l'aurai juste approchée. Un choix, une option prise, la main désespérément tendue, allant jusqu'à la toucher du bout des doigts sans la saisir ; échec. La décision de ne plus la pousuivre est prise lorsqu'une dernière lame l'emporte, résolument, irrémédiablement

!

SEUL SUR LA MER ET SANS  FLOTTEUR 

 

Alors, de revenir quelque part, non sur ses pas mais, remonter le vent en nageant  lentement et retrouver l' aile qui émerge du manteau d'écume. Et de se laisser convaincre par l'extrême solitude ;  sans la voile, le retour n'est pas  envisageable.  Il te faut la ramener. Elle sera ton guide, ton encre à dire l'errance, à déjouer  la dérive, à conter  le récit...

" Circé  " n'eût jamais souhaité assister à l'improbable naufrage ; elle préféra  rompre les amarres et mettre un terme à cette liaison périlleuse, aussi lumineuse et longue  fût-elle qui  nous liait ! C'est un divorce pénible que la sombre dépression  aura éprouvé jusqu'au terme de nos folies.

Le monde continue de tourner et  les plus belles histoires sans fin,  de s'éteindre. Demain sera aux vaines recherches, à l'espoir, au   soulagement illusoire  de recouvrer mon esquif  que le flot ramène pourtant et toujours au rivage ! Ainsi de l'artéfact temporel à bord duquel  l'imaginaire et la poésie  s'abreuvent. Ainsi du messager  d'un Ciel qui n'eût valu la traversée qu'en les rapprochant  unitivement de  la Voie.

MARIN -  Fortune de Mer - 1 èreEcriture - 

2 ème Ecriture  - En Cours

3 ème Ecriture le 22 Mars 2021  

 

 

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