VAGUES_EXPO_MARINES_COLLINS_

 

Mais que dites-vous, poursuivit Ariste, quand vous voyez que la mer apporte ces bagatelles sur le rivage avec tant de pompe et tant de bruit, elle qui cache une infinité de richesses dans ses abîmes ?
[...]  C'est proprement dans la mer que Dieu est admirable et incompréhensible. C'est là aussi , poursuivit Ariste, qu'il prend plaisir à faire paraître ses merveilles et ses chef-d'œuvre. Il semble que ce vaste élément soit le théâtre de la puissance divine.
Je sais bien, dit Eugène, que pour ce qui regarde les animaux, il y en a dans la mer de toutes les espèces qui sont sur la terre : des chiens, des loups, des sangliers, des renards, des bœufs, des chevaux, des lions même, des licornes, des éléphants et des singes. Ce qui me paraît plus étrange, c'est que les bêtes, qui sont affreuses et cruelles sur la terre, sont belles et douces dans la mer... Je sais encore qu'il y a des oiseaux de toutes les façons, jusqu'à des aigles et des phénix. Mais savez-vous bien, dit Ariste, qu'il y a des poissons qui volent ; et qu'un entre autres s'appelle le poisson volant ?... Savez-vous que la mer a ses étoiles, comme le ciel a les siennes ; et que les étoiles marines sont non seulement vivantes et animées, mais encore si chaudes de leur nature, qu'elles consument tout ce qu'elles touchent ? Savez-vous enfin, qu'il naît toutes sortes d'herbes et de plantes dans l'océan ; qu'il y a des mers semées de tant de fleurs, que les navires n'y peuvent passer ; qu'en quelques endroits on trouve des jardins, des vergers, des forêts, et des prairies sous les eaux ? (…)
Mais pour ne nous point arrêter à des choses fabuleuses ou incertaines, et pour nous en tenir aux véritables peuples de la mer, il faut avouer que les poissons ont quelque chose de bien merveilleux. Outre qu’ils sont en plus grand nombre, sans comparaison, que les animaux de la terre, ils les surpassent infiniment en toutes sortes de qualités. Les viandes les plus savoureuses et les plus exquises n’ont pas le goût ni la délicatesse de certains poissons. Il y en a un qui porte le nom de fleur, et qui a l’odeur, aussi bien que la beauté des fleurs les plus agréables.
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Extrait de Entretiens d'Ariste et d'Eugène (Amsterdam, 1671)

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