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  • C'est la Corse du Nebbiu et de la Balagna, les confins austères de Cap'Corsu, cette Terre de paillers et de petites chapelles qui se terrent à jamais, dans la souvenance vagabondes des vagues... Ces chants prennent aux tripes et leurs lointains vibrent au diapason de la mémoire, comme l'écho dans les collines. Agrandissez cette image ; les moutons de la grandemer  se devinent, ce jour était au Mistral 
    !

     

    Cela devait être au temps immémorial  de l'espoir, lors des terribles invasions, pendants les grandes guerres !  Elle n'est pas tour de défense mais thébaïde, ermitage, lieu sacré, refuge. Rien n'aurait-il vraiment changé ? Aurions-nous passé, en vain, sans rien y voir ou deviner de si loin tant la petite chapelle flotte dans les brumes aurorales,  se dissimule au coeur du manteau pétré des millénaires

    !

     Je me suis arrêté, en chemin, laissant ma pensée s'élever au gré du vent vers la maison qui s'esseule, tout là-haut, au sommet de la montagne dans la mer, au bout de la terre des hommes.

    Juchée un peu plus près du ciel, elle domine  le grand bleu, Mare Nostrum  et son regard balaie  l'horizon des Îles Toscanes à l'Est, ceux de l'Île de Corse, au  Ponant. Parvenue au terme du Cap elle surplombe déjà l'autre immensité.

    Instants émouvants ; je cherche l'entrée de la sente qui me conduirait devant la porte de la sainte bâtisse dont on perçoit l'enceinte tout en ressentant cette intimité à vous fendre le coeur des mots.

    Que revienne le temps des secrets et des candides prières que l'innocence lance au-delà de tout, au plus profond de la nuit.

    Dans la clarté automnale du matin montent comme un plain chant les invites de l'oiseau, du passereau, le trille de l'hirondelle sur le point de nous quitter. On n'entend que le vent dolent  bruissant dans les arbres avec force rafales. Le silence porte ici les stigmates de l'abandon, du repli, de l'épuisement. 

    Depuis  la campagne parsemée de chaumines abattues, sous les bois de yeuses,  le regard des siècles se fait pesant, ubique. Un grand couvent appendu aux larges versants des vallées du  Cap a cessé de louanger les saints de chaque jour. Ouverts aux quatre vents, il n'entonne plus que l'antienne lointaine de la houle, la monodie des champs hérissés de ronciers. Il a perdu  en  se dépeuplant  la mélodie des sources,  les versets des vergers voisins.

    Désormais, tout  semble reposer, demeurer, perdurer depuis le choeur de la petite chapelle. Elle n'aurait point vieilli, manqué aux usages, à la foi des traditions locales autorisant  chaque année quelques pèlerinages qui eussent réconcilié le  croyant, rapproché le fidèle du Ciel mutique des anges,  des  numineux  vitraux.

    Une petite bâtisse et son banc de pierre accoté, face aux vides, aux penchants de  l'azur qui eussent apaisé peut-être l'âme de la solitude, le faix du déclin, le désarroi de l'un-finitude ...

    Ô déréliction, qui te pourrait venir en aide, à l'ombre prodigue d'une vie ? N'en  déplaise au credo, petite chapelle, tu es là, pour les siècles des siècles, éternel écrin où la pensée se recueille, se repose, s'allège du fardeau de durer et enfin renaît   aux étoiles sans nombre dont  je ne suis ici  que l'humble messager

    ...!

    MARIN 

     

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