EXIL__OU_ROYAUME_

 

 

 

Tu es de passage ; comme la vire est étroite et le regard hagard !

A l'acmé de la lutte, corps et stelle scelleront à jamais le domaine de la chute imminente. Catabase, anabase rentreront dans l'ordre universel de la poussière. Ainsi du sacre de l'inutile, du néant ! D'entre l'insondable illusion ou le rêve de vol social :   que choisir ? ...

Plus de quatre milliards d'années t'auront  par ici et maintenant conduit. Je ne dis pas parfait !  C'est donc à cette aune qu'il te faut acquitter la dette. Pari insensé ! Accepte et ne geins plus.

Tu eus  certes souhaité davantage d'harmonie et d'alliance mais le commun du mortel  blesse l'unité multiple qui en ouvrage les prismes du merveilleux vitrail. Il t'en éloigne en con-fondant le tout.

Ne t'attarde donc pas sur les tombants tumultueux de la boue. La rumeur et la marée seraient par trop malsaines. 

Vogue en eau claire, dusses-tu en payer le prix fort.

Il est encore des horizons à découvrir où te purifier, en esprit, en bonté.

Car avant que de partir, d'appareiller vers le long et lourd sommeil du batracien que tu fus,  dont personne n' ignorent l'irréfragable filiation,

il est préférable de ne plus te retourner, d'attendre que l'aube se lève au-delà, ailleurs, du côté de l'espoir et  ses révélations.

Oui, cette traversée n'aura que trop vite et si mal duré !

L'instant se fût tout aussi bien imprégné d'éternité dès lors que tu  posas  ton regard et libéras tes sens par-devers  le besoin éphémère de paraître, de briller, de mépriser.

Cueille à chaque minute qui passe les joyaux dont s'est vêtu  pour toi le temps et ses infinis ; repais-toi de métamorphoses et des vérités qui en initient le cours intarissable. Il est encore l'heure.

Vis,  par-delà la menée et le parjure  qui ne laissent plus de blesser l'essence, l'amour et le respect.

Tu connais désormais ta voie et ton maître. Que les éléments soient cet attelage solaire  qui t'emmène en exil, pour l'autre royaume, vers l'autre  rive, affranchi du besoin et des nécessités de perdurer en vain.

Les mots ne sont-ils pas déjà un premier refuge, cet empyrée sans doute le plus profond  qui élève ici-bas. Te voilà dès lors  léger comme le souffle de la brise, faisceau qui éclaire ta route et ne pèse plus, battement d'ailes, lointainement  sur l'azur  

?

 

MARIN - De Passage - Sentiment Océanique -