TAMATA_OU_L__ALLIANCE_

AGRANDIR LE FICHIER 

 

 

Reprendre humblement ce  titre pour rappeler à nos consciences ce que fut  la vie de B. MOITESSIER ! Une vie vouée à la mer, aux hautes latitudes, à la solitude du hauturier, du nomade-aventurier-coureur des mers et des océans qu'il fut avec un amour immodéré. Des pages, des textes poétiques et philosophiques de très hautes volées, magnifiques, émouvantes. Un Bateau, JOSHUA, avec ces deux Marie-Thérèse qu'il perdit avant, lors de terribles fortunes de mer !...

Un fantastique outil destiné à entrer en résonance avec les mondes, les mystères et les féeries de l'univers. Comme s'il eût souhaité  justement aller l'amble des forces et des puissances colossales des éléments qui génèrent l'harmonie et le chaos, la beauté et l'horreur, un tout qui ne connaîtrait jamais le mal mais implacable lorsque l'on outrepasse la prérogative par trop humaine.

Il le savait. Et c'est bien ce rapport à la navigation à voile épuré, dépossédé de toute vanité et soucis de performance qui le hissa aux sommets des légendes des circumnavigateurs. Je relis sans cesse ses pages, ses envolées dont le lyrisme laisse tout naturellement place au réalisme du marin  qui lutte et qui se complaît en même temps en tutoyant le vol magistral de l'Albatros, la course des astres qui le situent au-delà de la voûte céleste ; sublimités de la vie dont  il évoque les traversées, la soif intarissable de partir, de se poser là où vivre avait encore un sens ! 

Alors, comme une invite, une voix intérieure qui nous guide, nous voilà portés vers ces ailleurs subliminaux que les îles déclinent comme un horizon ; là, le grand large, ici, des écueils terrifiants, là-bas : la tempête et ses  vagues démesurées de submersion.

Dans les mains il me semble tenir  les rennes d'un ensemble magique engendrant un miracle : marcher, courir, glisser sur l'eau déchaînée, dans tous ses états ;  une opportunité de vivre et de ressentir également ce que la mer détient de plus vrai, de plus beau, de plus exaltant. Un rapport en définitive possible en misant sur le jeu, la mort, la violence, l'émotion, l'espace-temps-labyrinthique. Une sphère sans le sens d'évolution ni le cadre rigide dont s'emparent l'habitude et l'inclination grégaires.

Que vive l' échange exalté,  à loisir orienté vers les étoiles qui enfantent ces extravagances que seules la folie commande ou  convoque aux pieds de l'univers, je veux dire de la pierre et de l'eau qui vaguent  indéfiniment et nous définit aux confins de la petitesse. 

Il est vrai que les dimensions du grand large, les hautes latitudes, les quarantièmes rugissants revêtent une tout autre envergure. Mais le pacte d'alliance demeure le même dès lors que le Solo emmené à travers la violente tempête, fût-il proche des côtes, surclasse une pratique que la seule performance technique et gestuelle circonscrirait.

La navigation à voile sur de pareils esquifs devient  dès  lors et aussi quête, ailleurs lointains, hors du temps ou peut-être, emporté que nous sommes  à bord d'une tout autre dimension ; celle de l'échange, du rapport à la beauté sauvage et originelle, aux harmonies intouchées et secrètes des Îles que l'on menace à tort et  à travers, derrière le rideau de fumets des pertes et des profits gigantesques du paraître et de l'éphémère vanité.

Témoigner, brandir les leviers de l'urgence, de l'alerte, de la menace qui pèsent sur ces mondes vrais, sur  les sentinelles qui veillent encore sur eux, dont les noms seraient ceux des vents, des mers antiques, des sommets prestigieux des légendes, des dieux et des océanides.

N'oublions jamais que  sur cet espace, la pratique de l'extrême et de l'aventure vaut  dès lors qu'elle met en exergue, valorise, protège, aime jusqu'à la folie les havres d'une prodigieuse thébaïde que l'époque, le progrès, l'évolution détruisent et massacrent aveuglement.

MARIN - PENSEES EN MER - 

" Pour l'Amour des Îles "