A_L__OREE_DE_L_AME_

" Voir le monde dans un grain de sable
Et le paradis dans une fleur sauvage
Tenir l'infini dans le creux de sa main
Et l'éternité dans une heure. " 

William BLAKE 

 

Il en serait dès lors comme d'une vision, d'une quête, d'un très long décours parfois insoutenable :  tombant, abnégation temporaire, panique existentielle  ?... 

 On s'y inviterait, si petit, humble, à toujours imparfait ! La mer des coups de temps impressionne, isole et rudoie. Il est des jours où l'hiver convoque et rassemble à l'envi, en un ultime lieu,  ses redoutables atours ; une île ne parvient plus à  distancer l'été sec et brûlant de la canicule et des incendies.

Le ciel et la mer ont pourtant changé de robe, plus crue, intensément lumineuse et plissée  lorsque les vents, au coeur des grains et des nuages en découpent de larges pans. Le soleil est bon.

Il en serait comme d'un tableau, de l'oeuvre d'un grand maître impressionniste et bien au-delà, d'une révélation ; quand de célestes  compositions dévoilent  l'harmonie, l'indicible, la complètude dont il convient d'être  le témoin, juste un instant ! 

Ailleurs, plus bas,  par les champs révulsés  du plan d'eau que mille sillages dilacèrent sans freins,  le regard bute sur le mur de béton, l'anachronisme insulaire, la verrue. Des allers-retours incessants reproduisent le  périphérique urbain avant l'heure !  Joutes effrénées où seule la vitesse et le rang matériel  parfont le statut, lorsque l'oriflamme brandi au vent  situe à l'imparfait,  au milieu de la foule, les oripeaux du voyage lointain et du fantasme !...

Non, de cela, il n'est plus rien ici. Par ces vastes domaines emplis de silence et de solitude, que le souffle essentiel des rafales m'emporte en cavalcadant près du puffin, vers les  dômes  soyeux et les  pentes liquides d'un azur à toujours immaculé. Sur la mer iridescente, que je renoue enfin avec le Temps d'avant la durée...

Un temps que l'on ne falsifie pas, que l'on ne vole pas, que l'on ne dévoie pas, tellement vrai quand il fait les saisons !  Un temps à la fois radieux, obscur, dense et immensurable. Tout n'est qu'instant, stance, composition, célestielle touche  à la toile d'un grand ordonnateur : le hasard, la nécessité, l'étant, le vide ou l'illusion, peut-être  ?  Mais quelque  chose que l'on ne peut expliquer quand il  vient  à manquer cruellement.

Alors, face à tant  de beauté et d'amour livrés où la vie s'ébat envers et contre tout, au bord du gouffre que le vertige sonde  lointainement,  d'entre le moutonnement innombrable et l'unique pensée  qui va  :  voguer, vaguer, infiniment petit, à la recherche  de cet autre esquif que l'on approche peu à peu et dont je vous dirai un autre jour qui il est. Il se peut qu'on l'entrevoit, jamais terrestre, intemporel ou  à tort "  haïssable "  comme le Moi de Pascal et de la pensée entravée !

 Mais tremplin, faisceau que les sens décryptent si tant est que nous les ravissions sainement, entre penchants du  coeur et chemin de  vérité, fidèle  à la partition tel l'harmonique que l'on rêve être, enfin affranchi  du néant... La quête mûrit et comble comme elle récompense la durée qu'on lui voue ; après tout, "  l'éternité n'est qu'une pâme  /  Au feu dont je suis consumé " . Louis  Aragon 

L’éternité n’est qu’une pâme

 

§ 

MARIN - MAL AUX MONDES  - 

 

INSTANTS_DE_TOUJOURS__APPEL_