ANTONIN_ARTHAUD_

 

" Nous avons moins besoin  d'adeptes  actifs  que d'adeptes bouleversés  " 

Antonin ARTHAUD

 

LES POÈTES
Extrait du poème d'Aragon " Prologue "


" ...   Je ne sais ce qui me possède
Et me pousse à dire à voix haute
Ni pour la pitié ni pour l'aide
Ni comme on avouerait ses fautes
Ce qui m'habite et qui m'obsède ... "

§

 

Chaque année fête un pan  meurtri de nos sociétés, de nos modes et genres de vie tolérés et juteux ! On y pense et puis on  oublie, de l'autre côté des mondes affectés et transpercés  dans leur chair mentale éminemment  grise et cancérisée... C'est ainsi, la femme battue, violée, l'enfant abusé, l'abandon, les maladies existentielles actuelles et à venir, le handicap, les animaux torturés , la torture,  les luttes contre les fléaux de société et les addictions donnant leurs lots de morts et de statistiques aveuglantes, la sécurité routière et les dépassements qui tuent plus que 100 attentats, 100 Bataclan chaque année ! ( Pardonnez-moi d'évoquer des  souvenirs si douloureux, mais il est  important de pointer les aberrations systémiques en  dévoilant  le germe officiel  de la maladie mentale). Ah, du tabac, des alcools malsains et abusif  à la drogue dure, le mal chemine, harcèle et  commande sans fin  à la défection de la liberté intelligente et éclairée. Les taxes dressent le bilan des budgets très clairs et  puritains...!

Et puis viennent les journées thématiques : environnement, patrimoine, mer et océan, livre, amoureux, enfin  tout ce qui peut en définitive glaner profits et richesses ... Car nous le savons très bien, point s'en faut d'être rappelé à sa bonne conscience par celle qui tue, affame, exclut, parque, dès lors que le libre-arbitre sort  du cadre, nous échappe, fût-il parfaitement en phase avec le  monde des valeurs et des vertus saines et justes...  J'ai nommé  et désigné la société  des systèmes autorégulés par les maîtres et leurs valets, leurs  travers, sciemment  indignes de l'homme.

Voici le témoignage d'une expérience, d'un rapport à la vie mentale,  malade, bouleversée, irrécupérable ! Une maladie mentale que rattrape le naufrage moléculaire, le complot  ourdi par le  chancre létal et le chancre dominant...

Ce détour en images vers A. Arthaud, Van Gogh, les Maudits et les autres qui n'eurent de chemins  - comme le dévoile la citation ci-dessus -, que les arts et l'écriture. L'extrême et la passion pour absolu, l'existencialisme et l'absurde  au bord de la route, quel fratras demeure et croupit  au chevet de la longue maladie mentale socialement et  habilement perpétrée.

Combien sont-ils celles et ceux que je pleure et plains,  face contre terre et la foi dévoyée ?  Saches, mon frère de maladie mentale,  que j'écris ce texte auprès de notre seul et unique ami le chat venu près de la page d'une vie nous lier à jamais, à toujours, ailleurs et nulle part à la fois. Ainsi de l'illusion d'avoir mal été !

Schizo-Frère 

 

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On décrète à l'envie la journée de la santé mentale
de l'être encore viable     qui serait atteint de maladie et de déroute
mentales
à vrai dire   d'exclusion et de réclusion maquillées
et    fort heureusement     de nos jours    prises en charge
Un mal aux multiples facettes  aux versants de la douleur contenue 
un fléau con-génital et incurable
que l'on traite et place à l'écart de l'existence réelle des profits 
Aura-t-on humblement et sagement évoqué la possibilité
des dérives malignes que nos sociétés engendrent
enfantant à l'envi leurs lots de sujets torturés
meurtris et blessés au tréfonds de l'âme à jamais  inqualifiable
l'Âme   que l'on ne résout pas telle une équation
Oui      j'aurai connu ces tombants de vie où l'homme sombre
naufrage et déchoit des décennies durant       Je fus à ses côtés
J'aurai pleuré le frère    l'ainé et l'autre cadet     frappés de plein fouet
n'est-ce pas Schizo-Frère    puisque je t'ai accompagné
dans la maladie  le  rude tourment  et la solitude tonitruante d'une terrible geôle
depuis longtemps    avant que de chuter au paradis
car je mesure et connais maintenant        si près de toi  
les affres et les pics subreptices   invasifs qui te ceignaient
nuits et jours     désespérément entés aux pensées suicidaires
qui  persécutaient ton  quotidien    qui lancinaient sans répit 
hors du temps    penser perpétuel     comme l'étreinte de la mort latente


Mais je sais aussi et comment j'ai pu te rejoindre     marcher
et courir sur tes brisées malgré moi      au cours d'une traversée
au bout du cloaque  asocial      hiérarchique    vilement travesti 
J'ai fini mon frère comme toi  par entendre des voix stridulantes 
celles de l'incessant monologue et de l'obstination à se justifier en errant 
face à l'intransigeance impitoyable du goulag du système
Tel un chasme béant devant soi  et pour ultime nuit
 uniques réveils    sans autre horizon ni autre repentance 
j'ai affronté la désespérance de l'immersion professionnelle souillée
au bord du suicide  de la révolte armée    à retourner la lame et  le canon  contre soi
J'ai su et vu combien l'homme conscient     sensible et de raison
ne mesurait jamais assez les profondeurs et les affects
du gouffre   du trouble mental    de la psychose permanente
immanente     irrévocable    ubique et j'en passe
que la méchanceté et les jalousies instillent  à doses homéo-pathalogiques

 

C'est une large blessure qui ne se voit pas       un regard hagard
des mimiques irrépressibles aux tremblements affolants
dont seuls les barbituriques   les psychotropes    les neuroleptiques
puissants peinent à endiguer le mal    à dévier la persécution  récurrente
Exil au terme de la culpabilité   dans un monde de guerre
le fer sans le faire qui donnerait une chance à la résilience
et repousserait peut-être  le malin aux confins de la vérité thérapeutique
Il me rappelait A. Arthaud     non par son génie littéraire
mais au terme avoué de ses visions et de sa clairvoyance
qui m'auront sainement guidé    puis  accompagné
sur les rives de la bonté    de l'animal qu'il adorait
d'une sensibilité qui aurait apaisé tout  le mal de terre et aux mondes
qui me frappe et qui m'obsède entre les deux pôles connexes
du silence et de l'absence   en fait  de la grande déréliction

 

Maladie mentale    dites-vous ?  Mais non      Vous n'y êtes pas
disons plutôt    réactions    sédition consciente  et   bridée  
insurrection étouffée     mal être aux univers artificiels
brisant le lien    et les sains ferments de l'âme qui eussent pansé le vice
exalté le droit à la différence et au juste discernement
sans le jugement de valeur infamant et la rumeur odieuse
Alors     que l'autorité nombre son lot de forfaitures     où qu'elle soit
sous toutes ses formes     dès lors qu'elle nie  sans frein  le droit à l'unicité
à l'expression de la liberté fondamentale d'agir et de penser tout haut sans bavures

 

Il me parlait souvent de Dieu     de la mort et des Pensées
du " Roseau Pensant "     Deux ans avant sa mort  mentale
il rédigeait une composition française remarquable sur le sujet des infinis
Aujourd'hui    je suis fier      tellement atteint   de lui donner l'écho
de toiser l'étendue du silence et le tumulte de la nuit
J'invective     je con-chie les cons qui nous auront infectés   ou alors brisés
malgré la foi   la rage  de vivre et de vaincre le chancre sociétal
Entre lui et moi   une main reste tendue    qui couvre  qui apaise les maux
hélas et encore à demi mots susurrés   emprisonnés
dans un seul et unique regard     aux abois     même pas  peur de mourir 
Il est d'un monde dont on ne revient jamais         prétend-t-on encore
Je suis de celui qui fait toujours plus  mal à l'âme   je suis  des bouleversés 
cerné de discorde   de parjure et d'outrage à la fidélité et à l'essence
Mortellement touché       sans saigner autrement qu'avec les larmes
quand elles ne sont pas sèches    à l'instar du cri    du râle      du sanglot
étouffés     d'une guitare aux accords  grimés et  sauvagement assassinés

 

Lui  aussi écrivait   en s'égarant sitôt dans les arcanes du trouble mental
Je l'aurai suivi depuis les vires  du  vertige     le saut de  l'angoisse     la peur
non de trépasser        mais de durer    sans le rêve ni  la probabilité
d'une île où trouver le repos des lames      des brisants
des écueils létaux       La mer y pourvoit      à jamais miséricordieuse
et meurtrière à la fois      franche et loyale  mais respectueuse   sans détour
aux signes prémonitoires qui ne trompent pas
Et je dérive  et je vague à l'âme en délirant      en laissant
dans le sillage  de l'oiseau quelques fragments embarqués à bord de la folie
ces bribes intemporelles de démence non sénile qui m'aident à dessiner l'éternité
comme on le ferait de l'énigme   d'un conte     du jeu de piste
En cela     tu m'éclaires     Schizo-Frère     puisque tu me parles
et que par toi     je relate     librement     au gré des vents    des sternes 
un peu plus près du ciels à chaque fois

 

Je me souviens d'une nuit noire    d'un mois d'Août
au coeur des Écrins     enfant du Pont de l'Alp et de la Guisane
des lampes torches     des faisceaux       du bruit    de la précipitation
Nous comprîmes et décelâmes le sens tragique des voix
des "  Grands "     appelés en urgence par le Guide   tout  là-haut
vers la face Nord de l'Aiguillette
Une cordée venait de dévisser     de chuter       Il y avait des blessés graves
l'hélicoptère scandait dans la nuit étoilée le  sourd tocsin du chagrin
Tu étais le premier devant     équipé      fin prêt à affronter l'adversité à sauver  
Tu vais dix-huit ans et dévorais la vie avec amour et altérité
Le petit benjamin du centre de Montagne de l'Abbé  Pierre était si fier de toi
Qui eût dit ou envisagé le cruel décours de cet empoisonnement
le cheminement irréversible des molécules artificielles
de la bio-chimie altérant jusqu'au point de rupture le  comportement mental
erzatz qui frappent par dizaines de milliers nos frères et soeurs de fortune
celles et ceux que comptent les innombrables lits de la détresse    de la séquestration
inéluctable et à perpétuité

 

Tu auras exploré toutes les voix du silence
ton compagnon d'aventure      ne te laissant pour haltes
que des îlots de souvenirs lointains
les bribes d'un récit inachevé  si court qui auraient bâti ta légende
comme nous bâtissons toutes et tous la nôtre
si tant est qu'elle cadre avec le moule uniforme des masses
concassées  hélas   envers et contre toute humanité 
D'aucuns résistent    d'autres trébuchent et  tombent  
ou ne se relèvent pas      du moins tout seuls     une chape sur le dos
courbés et tassés qu'ils sont    les épaules rentrées  l'échine voûtée  de l'affliction
qui nous disent la misère et le faix des aléas et de la voie mentale
socialement    civiquement      institutionnellement  contaminés

 

Certains chantaient    " Je suis Malade "   " La Maladie d'Amour "
D'autres évoquaient    " Bicentenaire "        " Pauvre Martin pauvre misère  " 
Marin-Jacques vomissait  " Ces Gens-Là "  en   nous abandonnant trop tôt
Les poètes rêvaient  " un Jour un jour sur la plus haute branche "
Je chante avec Toi,  Georges,   " Les Copains d'Abord "
Mais " Madame promène toujours son cul sur les remparts de Varsovie "
renchérit le grand Brel à l'orée de la curée et de la Grand Messe
Rien n'aura vraiment changé qui maudit toujours le faible
le déshérité     le sans abri    le laisser pour compte du clan et du complot
Dieu aurait même échoué      laissant l'homme-Dieu faire tristement ses armes
citoyennes au non de la connaissance et de l'esprit dévoyés
chers au XXI siècle     Je pense à toi Schyzo-Frère     regarde  Michel  
écoute encore avec moi ce qui fait le lisier gras      le terreau abjecte  
des viles épidémies humaines et par trop humaines
qui se répandent     voraces et insatiables     jusqu'aux frontières
de la torture animale    enfantine    in-humaine de l'injuste  maladie mentale
dont je suis et renaîs    tous les jours     au nom du père de la guerre
de la supériorité infernale du groupe invalidé   festonné de poudre d'or et d'argent

Dis-moi   sais - tu quand  je vais quitter ce putain de monde de merde ? Des fermes de sang  aux holocaustes aux abattages  et aux tueries organisées  il n'y  a qu'un pas que nous n'aurions jamais franchi. Ils nous auront ravi la foi    la passion et nous savons tous les deux, mon frère,  qui ils  sont

 

SCHIZO-FRERE -  A mon Frère  de coeur et de lien, sans le sang, les ordures - 

A Nous, MICHEL,  à toujours,  Poussières dans les Vagues du Vent, au-delà de la désespérance. Je t'aime plus fort que le manque ! 

 

 

CITATION_ANTONIN_ARTHAUD_

Les mêmes traits de la fin se lisent  au terme de l'impossible décours de la maladie sociétale.Je poste cette photo  pour la ressemblance étonnante  du croquis  et de celui qui s'est envolé pour  quitter enfin l'enfer ... 

DESSIN_ANTONIN_ARTHAUD_