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 A Joss et à Gérard

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Le vieil adage dit que tu gardes  la montagne, depuis toujours ; rien ne t'aurait tout là-haut déposé dans un équilibre si parfait. Une silhouette se détache sur les ciels, oscille dans la brume, vacille les jours d'orage sous l'arc diffus de l'éclair. Voici l'homme de Cagna, une présence, un regard, cent histoires, à conter à travers les siècles de transhumances !

L'érosion, les vents fous  et les pluies diluviennes ont eu raison de la crête sommitale, abandonnant çà et là des rivières de blocs et de moraines cyclopéennes, des pointes en châteaux de rochers animés.

Le hasard fait le reste, non par nécessité mais par souci de la beauté, du mystère et de l'inattendu qui oeuvrent  aux  charmes d'une haute montagne dans la mer et de sa  forêt primaire,  intouchée...

L'automne tarde. L' hiver  s'éloigne, le soleil darde des rayons cuisants et la brise de vallée rafraîchit à peine le vaste domaine des  estives d'antan.

La source nous accorde son mince filet d'eau claire ; les pigeons ramiers ne sont plus de chemin, depuis longtemps pourchassés, décimés ;  ils migrent mais, ailleurs, quittent leurs adrets tant prisés ! 

Il flotte comme un silence pesant, le silence nommé de la profonde solitude que l'on emmène avec soi, irrémédiablement entée au pèlerinage des sources...  

Et ton regard ceint le massif et ses sapinières quand tout en bas, au-dessus de la mer, juché sur un bras de terre ossue qui l'accueille à l'entrée du détroit, ton éternel  compagnon délinée les figements d'une posture immuable. Il  pose sur les flots le regard de pierre des sentinelles souveraines, veille la mer ! 

A défaut de présence humaine, quelques stylites nous réconcilient avec le vivant en réveillant  dans le coeur des mythes et des légendes ces  pans de vie bien réels, inextinguibles.

Tu protèges à toujours comme à tes flancs un petit hameau d'altitude, ses bergeries basses et couchées qui demeurent, rivées vers l'étoile polaire, en guise de dernier refuge.

Que resplendisse  la prairie d'alpage où paît un songe de chèvres et de cabris, lorsque de lointaines sonnailles tintinnabulent dans le couchant. L'aurore qui vient serait encore plus radieuse !

Portes et  fenêtres restent closes. Personne ne pose les yeux  sur le grand cirque minéral qui   domine et ceint les heures du jour et de la nuit. Chaque chaumine conte la noria des étoiles. La lune est pleine.

Des hauts pierriers dévale le chant de sapins vénérables,  ivres de brise, de bise. Les flocons tardent à revenir. Comment apaiser le souvenir et le désir fébriles des saisons qui ne sont plus ? 

De lointaines années étaient aux  bals, à la fête, à l'espoir  d'une rencontre au gré des transhumances, des saints patrons louangés ; on y chantait, tard dans la nuit, les étoiles filantes qui  traversaient les ciels, les récoltes et la moisson, le temps des secrets et des semailles.

Et les jours s'écoulaient dans l'insoucience d'une nature prodigue, impatiente d'offrir  aux enfants de la montagne tous les fruits d'une terre de saines provendes  et de joies...

Immersion passagère, déjeuner sur l'herbe, entre amis, en guise de tableau, telleune fresque. Quels autres  brins de gratitude agréeraient  le grand ordonnateur, le grand esprit ? 

Qu'il réfugie ici les  vestiges des plus simples choses que l'on goûte comme un parfum de baie marine et champêtre.

 

"  Tu gardes la montagne et, moi, je veille sur la mer "  

Traduction "  approximative "d'un adage du Grand Sud 

Tu_gardes_la_Mer_et__moi_la_montagne__dit_l_homme_au_lion

 

MARIN - De la terre jusqu'aux ciels -