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Platane d'Orient en Automne

 

" Je vis en plein air pour le minéral, le végétal et l'animal qui est en moi. ( ... )

Henri D. THOREAU

 

Considéré comme de l'eau, la feuille est alors
un lac d'où émergent de chaque côté de grands
promontoires arrondis qui s'étendent jusqu'au milieu,
tandis que ses baies s'enfoncent à l'intérieur des terres,
pareilles à des estuaires étroits dans lesquels se
déversent de jolis ruisseaux ; le tout forme en quelque
sorte un archipel.
Plus souvent, cependant, elle évoque la terre, et, de même
que Denys le Périégète et Pline ont comparé la forme de la Morée
à celle de la feuille du platane d'Orient, de même cette feuille
me fait penser à quelque belle île sauvage en plein océan dont
le dessin des côtes alterne entre plages lisses et caps rocheux,
délimitant les zones possibles d'habitation destinées à
devenir finalement le centre d'une civilisation. A l'oeil
du marin, elle apparaît comme un rivage accidenté. N'est-elle pas
en fait la rive de l'océan aérien battu par les vents et les vagues ?
A la vue de cette feuille, nous sommes tous marins, pour ne pas dire
Vikings, boucaniers, flibustiers.
Notre amour du repos et notre esprit d'aventure sont tous deux sollicités.
D'un simple coup d'oeil désinvolte, nous pensons que si nous parvenons
à passer ces caps hasardeux, nous trouverons le havre profond et
calme de ses amples baies où nous serons en sécurité.
Comme elle est différente de la feuille de chêne blanc avec ses caps
arrondis sur lesquels il n'y a nul besoin de construire un phare.
C'est une Angleterre où se lit une longue histoire civile.
C'est quelque Terreneuve, quelques Célèbes non encore explorées.
Est-ce qu'on tente le voyage pour en devenir les rajahs ? ( ... )

Henri D. THOREAU
Feuilles d'Automne

 

 

FEUILLE_DE_TERRE_

 

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