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Il parcourt  la campagne, aux pieds des montagnes, erre. Ruisseaux, petits torrents encaissés  coulent encore. Autant de cours d'eau dérobés  qui s'enterraient déjà, il y a quelques  années, à la même époque. Mais les orages se sont installés, durablement, arrosent plus qu'il ne faut le château d'eau dans la mer. Le printemps a fleuri et ses fruits s'attardent dans les champs, en bords de chemin,  laissant apparaître tant de  belles compositions.

L'heure est à la découverte incessante, intarissable. La nature et son île  bouquetière inspire l'artiste plus qu'il ne les révèle. Ainsi en est - il de la vérité des  dauphins joueurs qui s'ébattent ensemble dans les vagues en glissant le long des pentes cristallines,  depuis son apparition. L'homme n'aura donc rien inventé qui ne soit enfanté de l'étant ! 

Tout participe des mêmes allants : harmonie, beauté,  l'amour de la vie. Une réalité prégnante qui  suscite et entretient, jusqu'au dernier souffle, la dernière lueur, le sens de la chrysalide, la ruche et ses abeilles.

Je vais d'un bon pas, de combes en  vallons, vers les crêtes, regagnant quelques  sommets sans autre renomée que la mémoire ancestrale transmet à travers l'oralité des pierres silencieuses et des hameaux ruinés,  ces aires de battages qu'emprunte en tournant les brises de vallées et de montagnes si rafraîchissantes en cette saison.

Il lui  arrivait souvent  de croiser l'envol lourd  du pigeon ramier, la perdrix. Les merles furtifs comblaient la frondaison et  les geais, dérangés ou espiègles, effarouchaient, l'instant d'une pensée vagabonde, le nomade qu'il fut.

Au village, d'entre la chênaie et l'oliveraie, vers la suberaie et la myrtaie, l'oiseau s'est tu ; silence glaçant des bois abandonnés. On en connaît guère les raisons. Dans les champs, malgré une dense floraison, les abeilles sont résolument absentes.

On en percevait de loin le chant, la rumeur, l'expression dense et joyeuse du labeur prodigue et prometteur. Que sont-elles devenues, reviendront-elles un jour ?  Parcelles et terrains demeurent  intactes, onduent généreusement. Il convient de retarder la coupe des hautes herbes, le passag de la  faux. Le chardon irradie les blondes étendues et les murs de pierres séches.

Vaine espérance, il faut se résoudre, attendre  et prier pour que la  nature réagisse et se reprenne, dès l'automne, si tant est que cette saison veuille encore nous  dire quelque chose de tangible. Tout est si empreint de ce qui fut et disparaît de nos jours, à si grande vitesse, sous nos yeux ! 

Nous eûmes connu des aurores et des aubes assourdissantes, fenêtres et volets clos, tant les passereaux, les merles, les grives, les pic-verts, fauvettes  et mésanges abondaient en chantant à tue-tête. Les rouges-gorges sautillaient, si familiers, tout en suivant de très près nos coupes de bois secs dans la forêt. Moments précieux, complicité  délicatement suggérée qui rassérènent et balaie le chagrin, la solitude, l'absence, le manque.

Nous eûmes vécu ici-même le paradis des oiseaux, si cher à Axel Munthe. Véritables conférences des oiseaux  que nous rapportent les grands poètes Soufis avec tant de solennité et de vérité ! 

Nos anciens nous en conterait  sans doute davantage. Ils vécurent une époque d'échanges et de partages respectueuse des choses essentielles, se défendant  de tout prélèvement inopportun, inutile, préjudiciable à l'équilibre du  cadre de vie et de ce  milieu  fragile qui leur assurait l'au-delà de la  subsistance !

Et demeurent telles  des traces, des empreintes sursitaires, quelques trilles égarés dont on aurait souhaité qu'ils se répondent vraiment, pour toujours, renouant ainsi avec le grand pacte, le chant général de la nature ... Il n'en est hélas !  plus ainsi...

Il  parcourait la  campagne exsangue, aux pieds des montagnes éventrées par les machines cupides  et voraces. Blessures béantes infligées à la terre-mère.

Ses pas survolent les fourmilières innombrables, trébuchent  sous les arbres défoliés  que les marées de chenilles dénudent.

Le soleil darde des rayons inconnus, mordants. L'orage diluvien menace, gronde, ne nous quitte plus. Je suis  vraiment trop seul pour suivre le chemin et la transhumance.

Il n'est plus de chants de joie, de sonnailles, de nuages de poussières s'élevant vers les cieux  à l'unisson de la délivrance des hauts plateaux et des estives étoilées.

MARIN - A  Terre - 

 

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