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Il navigue, solitaire à bord  de son Ketch, voilure arrisée, au portant, avalant les milles en direction des Bouches, entre deux îles majeures de la Grande Bleue occidentale...

Il distance déjà le coup  de vent ; une petite houle se rappelle aux souvenirs du Golfe du Lion, du coup de vent  qui plus au large a levé  de belles vagues.

Le temps est à l'accalmie, aux  nuages en ballon qui, vers l'amont lui assurent une  fin de route tranquille, sous artimon.

La mer demeure, formée. L'escale sera méritée, à bon port, dans le balancement apaisé du voilier né de ses mains.

A quai, la mâture dansera  dans les étoiles, sous le dais de la nuit obscure constellée. 

Marin à terre languit de partir un jour autour du Monde, à la voile, à la rencontre de quelques contrées où il ferait bon accoster.

Sans volontés  ni esprit de conquête, de dominance, comme si  l'on pouvait panser les desseins de la mer et des océans jadis bafoués, endeuillés,  soumis comme un empire savent encore perpétrer leurs forfaits.

Aller sur les mers, découvrir  un espace de libertés qui n'aurait plus aucune limite...

Ecrire sur la mer, penser la mer !

La distance, l'éloignement importent-ils vraiment ?  La violence des vents, la puissance des vagues lors des fortes tempêtes ne suffisent-elles pas à engendrer une toute autre dimension, un redoutable labyrinthe que   le solitaire  peut désormais approcher ? 

Certes, il en va de la relativité aléatoire des éléments et du temps  qu'il serait en mesure de  côtoyer, fût-il à quelques encablures du rivage, des côtes, en pleine mer déjà, là où les contours d'une île se fondent dans l'azur, avant que de disparaître.

J'aime à croiser  ainsi un sillage, deux destinées. Saluer un bref instant cette rencontre sur l'azur que nous partageons d'un commun accord, comme un poème, un amer, le faisceau d'un phare dans la tempête, notre nuit, tout en silence  ! Un silence dont les mots se lisent dans la moire écumeuse, lécume devineresse ! 

Il est aux commandes de son bateau.

Je suis tout  à la fois mâture, hauban, gouvernail, pilote, sur l'eau et dans les airs, doté d'une aile libre.

Plus léger, éminemment vélivole et joueur dans la mer forte du vent, je trace une route qui n'aurait de limite que l'impossible retour à terre, une nuit  passée en mer, à même les flots, le froid, malgré  moi,  migrant abandonné pour solde de tout conte - compte.

 

!

 

- MARIN - 

Prose Marine

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