Je ne reconnais plus les prémices de nos vents locaux ; nous sommes au commencement  du mois de Juillet. Le printemps aura abondamment arrosé l'Île de Corse. Il y a quelques jours, le temps était encore à la fraîcheur des nuits, du soir, au petit jour, aux heures qui  s'écoulent bercées par les brises marines et de terre.

Mais la chaleur est arrivée,  brutalement, qui s'abat sans ménagement. Le rayonnement solaire chaque année plus virulent en accentue les effets mordants...! Vers Gascogne, il tombe des grêlons qui cognent dur, de vraies boules de pétanque ...

Demain sera au vent d'Ouest, - le Ponant  est annoncé, sans s'annoncer -, tandis que vers la mer de  Balagna, le Libecciu est déjà levé. Dans le temps, nous regardions filer  sur l'azur les entrées maritimes, ces nuages bas et ouatés  hâlant le Sud-Ouest et la pleine mer,  en amont du détroit. Prémices, augures favorables à la navigation !

Le plafond des nuages était si bas qu'il coiffait les premières petites montagnes dominant l'azur. L'air, plus humide, collait à la peau ; la petite laine  était de mise dès le coucher du soleil, recouvrant  ainsi les dernières franges du jour. Parfums et  chant d'un exil pacifique enivraient l'instant !

Aujourd'hui, rien n'est plus de ce tableau idyllique. La masse d'air  surchauffée semble peser lourdement sur le sol, inamovible, malgré le vent de la mer, omniprésente.

Il n'est plus aucune différence entre le flux d'air  marin et terrestre, l'Est et l'Ouest de l'Île ; chaleur uniformément  exacerbée !

Le thermomètre grimpe et tutoie les 32° / 33 ° C  en milieu de journée, à l'ombre, quand pour les mêmes configurations, il y a quelques décennies, nous relevions 23 / 24 ° C :  mêmes lieux et  heures, mêmes cartes Météorologiques, ( masses d'air, pressions, indice d'hygrométrie, à l'avant de la perturbation associée à une dépression relative estivale ) ...

Nous pressentons et  percevons des indices totalement anormaux.  Malaises, mal-être, angoisses inexpliquées, épuisements ... Les écarts de températures s'envolent de la plaine vers la mer. Il convient de se protéger du soleil, fût-il très matinal ou tardé,  même  le soir ! Rien ne va plus, les années passent et la fatigue, les jambes  lourdes, la lassitude  rendent compte d'un nouveau  contexte  qui affaiblit l'homme de nos latitudes.

Je garde précieusement dans ma mémoire ces épisodes durables où les vents commandaient au déroulement des jours et des nuits, entre fraîcheur estivale insulaire et vents frais  du large.

 

La mer s'annonçait en travaillant au rivage, de longues heures avant l'établissement  du coup de vent de secteur Ouest. Un voile d'embruns rassérénait tout effort qui eût été prolongé aux heures les plus chaudes de la journée. La météorologie ne se trompait  quasiment pas, assurait ses prévisions et ses bulletins, avec des données encore fiables et non perturbées ! 

Dans les cieux, les signes s'affolaient, réveillaient adages et dictons locaux ; un soupçon de poésie ne laissait plus de charmer.

Ivresse des Îles de la Grande Bleue. Nous les aurions tant souhaitées apaisées alors qu'elles se recueillent  sur le drame migrant, paradoxalement plongée  entre la noyade de centaines de fugitifs et l'insouciance des grandes vacances, du Mondial

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MARIN 

- PROSE MARINE  - Dans les Temps Anciens  -