GROSSE_MER_I

 

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 Ici, la ray-ban, le chapeau, l'oriflamme ne tiennent plus ! Ailleurs, plus que partout ailleurs, les éléments tissent l'échiquier du destin, bougent les pions, calment  le ciron. Être, l'un de ces fous de bassan perfusé d'écume et  de sels antiques en croisant  le haut  vol des vagues ...

 

" ...   Il faut avoir connu ce monde pacifique – maintenant à cause des médicaments tranquillisants – des fous. Ces errants d’une impossible vie. Des êtres fixés dans la terreur intérieure, et qui ne parlaient plus. Qui marchaient comptant les pas qui leur restaient à parcourir avant que l’infirmier éteigne les lumières dans l’asile et que les monstres puissent naître sur les murs livides. 
Et j’imagine que savoir absolument la vérité absolue c’est vivre (possédé) en fou.
Le privilège du poète c’est de choisir son au-delà.
Les asiles, où l’on guérit de la maladie de vouloir vivre..." 
!
Christian Gabriel/le   GUEZ RICORD

 

ULTIME REFUGE 

 

Il est un pays       une contrée
de mémoire
et de légende 
où l'on oublie  
son  corps
Un corps
à vaincre      que l'on pousse
malgré soi
rivé à la traîne  
de son erre innommable  
l'éphémère aura  faussé  
la voie des sens
d'une ère irrémédiablement parjure
et conquérante


Il est une contrée  de calices      de joyaux 
où les îles      les cimes volent
si loin     si haut
qu'elles dévoilent tous les mondes
que le Monde
peut offrir en partage
sans ligne de démarcation
ni mur infame
où la souffrance délinée encore
les cruautés de l'exclusion

Ainsi lui suffit-il
t'en souvient-il  
de vaguer    de marcher
indéfiniment        à la lisière
de  célestes clairières
dont j'évoque l'âme
nue
constellée
La nécessité     le besoin
l'immédiat  n'y ont plus cours
Et le décours enfin
pointe le bout de la route

Quelle fabuleuse vire
que les mots à écrire
qui abondent
avant qu'il ne soit trop tard
Car qui sait      l'après-nous
ici-bas         l'envers du tout
Si la pensée     là-bas         vagabonde
et recouvre ces chemins de transhumance
ponctués de sources éternelles
où boire à nouveau
débonder son coeur
à marée basse
loin des ports vils 

S'il te reste une dernière   chance
à quérir
vers le royaume
alors     l'exil       vaut ici
promesse
somptueux final
vénérable terminal
élevé  à l'encontre de l'absurde


Le déni d'habitude
à l'imprévible domaine des libertés fondamentales
se lie sans limites
Recouvrons-le ensemble
depuis le silence de la mer
un peu plus près du ciel

Mais dis-moi
comment tutoyer  
l'espace et le temps
l'improbable destinée de l'ancre
si souvent parvenue au tréfonds de l'abîme
dont l'essence  s'arrache au sursis


Saches qu'à portée de la main
sublime faisceau de l'âme
se dessinent les contours  probables 
d'un au-delà
bercé  d'imaginaire
de perpétuelles ouvertures sur le Ciel 
qu'il te revient de combler

L'ultime refuge est à ce prix
On s'y élance    depuis  tant de vitraux  
tandis que le faix des chairs 
insensées
déjà mortes     allège
et soulage sur la grève
trois fois le pas nomade 

Quand de penser
suffit à lire toujours plus loin
Les maux  en partance
musiquent    à la dérive
du poème de la mer
ce qu'il restera de nous
une oeillade  un parfum    un baiser

!

- MARIN - 

Délires 

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