MAHMOUD_DARWICH_

 



Un astre passa à l’horizon,
Descendant...descendant.
Ma chemise était 
Entre feu et vent,
Et mes yeux pensaient
A des dessins sur le sable.
Et mon père a dit un jour :
Celui qui n’a pas de patrie,
N’a pas de sépulture
... Et il m’interdit de voyager
!
Mon Père. La Terre  nous est étroite.
§
Marmoud DARWICH

 

Le climat  fait mal ! Palestine bouleverse les mondes de la poésie, de la musique et de l'espoir. Où va la Civilisation de Paix  blessée, meurtrie  à laquelle nous croyons pourtant !

Le Trio Joubran, Oudistes fabuleux,  porte la voix du Poète qui n'est plus. Mahmoud DARWICH, poète Palestinien dont l'oeuvre majeure et splendide sombre  dans l'oubli, comme l'enfant  tué, gisant sous la bombe sioniste,  et dont l'ambassade  des USA valide tous les funestes succès ... Larmes, sanglots étranglés coulent comme la sève de l'olivier tranché sur le Mont trois fois démiurge. La source a étrangement tari, le puits  a  été envahi de terres noires  et de pierres jetées au visage de la vie, de la prospérité qui n'est plus que famines, ghettos, embargo. L'Art d'Aimer, un poème,  l'amour magnifié à l'orée  de la voie Soufie, une supplique à la marche d'un temps  qui réhabilite tragiquement  le pas de l'oie, le souffre-douleur du siècle ... De l'amour, entre la Terre et la Femme, il n'y a qu'un pas ;  même dessein

!

 

L'ART D'AIMER



Avec la coupe sertie d’azur,
Attends-la
Auprès du bassin, des fleurs du chèvrefeuille et du soir,
Attends-la
Avec la patience du cheval sellé pour les sentiers de montagne,
Attends-la
Avec le bon goût du prince raffiné et beau,
Attends-la
Avec sept coussins remplis de nuées légères,
Attends-la
Avec le feu de l’encens féminin partout
Attends-la
Avec le parfum masculin du santal drapant le dos des chevaux,
Attends-la.
Et ne t’impatiente pas. Si elle arrivait après son heure,
Attends-la
Et si elle arrivait, avant,
Attends-la
Et n’effraye pas l'oiseau posé sur ses nattes,
Et attends-la
Qu’elle prenne place, apaisée, comme le jardin à sa pleine floraison,
Et attends-la
Qu’elle respire cet air étranger à son cœur,
Et attends-la
Qu’elle soulève sa robe, qu’apparaissent ses jambes, nuage après nuage,
Et attends-la
Et mène-la à une fenêtre, qu’elle voie une lune noyée dans le lait,
Et attends-la
Et offre-lui l’eau avant le vin et
Ne regarde pas la paire de perdrix sommeillant sur sa poitrine,
Et attends-la
Et comme si tu la délestais du fardeau de la rosée,
Effleure doucement sa main lorsque
Tu poseras la coupe sur le marbre,
Et attends-la
Et converse avec elle, comme la flûte avec la corde craintive du violon,
Comme si vous étiez les deux témoins de ce que vous réserve un lendemain,
Et attends-la
Et polis sa nuit, bague après bague,
Et attends-la
Jusqu’à ce que la nuit te dise :
Il ne reste plus que vous deux au monde.
Alors, porte-la avec douceur vers ta mort désirée
Et attends-la

!

 

L’art d’aimer
Mahmoud DARWICH, traduction Élias Sanbar

La voix de Mahmoud Darwich est ici accompagnée par le Trio Joubran

 

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