ADRIAN_MEDICANE__OCTOBRE_2018

 

Il disait le temps à terre, en mer,  en cueillant les signes du ciel  dans le regard bleu-de-ciel de ses pensées. Depuis le Levant,  jusqu'au Ponant, naviguant droit dans le soleil, une âme à la mer tutoyait le firmament embrasé, rougeoyant de promesses aurorales.

Il mariait alors  les couleurs, les teintes et les nuances de l'immensité intemporelle, comme s'il eût vu sous ses doigts, - artiste-peintre d'un jour, impressionniste -,  se recomposer à l'infini  la diversité chromatique de l'Ether, du purissime, les numineux  camaïeux  des Îles et  de toutes les  mers antiques de la Grande Bleue. Et ses voeux  s'envolaient au-delà des flots, des moutons innombrables  pour caresser le rivage des Syrtes  à jamais enfin désarmés...

Ainsi de révéler, de nommer les vagues qui se cachent pour mourir et renaître encore plus  hautes  et plus belles  comme vont et reviennent les nuages de glace et ouatinés.

Une parhélie, un halo autour du soleil cernant la Lune pleine ou son quartier gibbeux, lui suffisaient à prévoir le cours du temps, quelle que soit la saison, les phases de chacune des  lunaisons, le quart serein du marin .

Comme les fins navigateurs et piroguiers que  le Mana guide encore, depuis la nuit ancestrale des Îles sous le vent, il reconnaît,  aux bois flottés partis  à la dérive et  fraîchement échoués, le devenir et le verdict  de la haute mer qui s'approche, qui menace, qui déjà travaille obstinément aux  écueils, les hauts - fonds, les secs, les caps accores.

Un  jour de l'automne que la fuite du temps dévore et  relègue,  au lendemain d'un cyclone que la mer méditerranée désormais invitait, il fut d'une étrange partition où  vents, senteurs, houles et vagues hâlaient  toujours le grand-sud, le grand large... Le puissant flux ne bascula point et ainsi, s'épuisa dans le jour arbitairement écourté.

Tel un souffle puissant que drainait, - longtemps après les furies de la tempête -, le coeur chaud des  masses d'air humide colossales  parties à l'assaut des premiers frimas, la vaste traine emmenait  avec elle les scories de l'effroi, de l'incertitude, de la crainte qui fondent si lentement le socle durable de l'humilité ...

Un tout qui lui évoqua d'emblée, aux pemiers regards, des  conditions de navigation exceptionnelles, inédites, depuis les horizons en ecchymoses lointaines,  dont les ondes  en cheveux de vent et d'embruns affolés,   se ruaient aux rivages, sans que personne n'eût  jamais pu ou osé  prendre le bord, eût-il  rusé sur son esquif vélivole taillé pour les vents violents.

Je vous rapporte ses propos, ses pensées, en prose, comme il eût souhaité qu'on le fît, très certainement, avant de n'être plus que l'infime épisode d'une vie, de passage, à l'orée du grand saut dans l'infini.

Indéfiniment oubli, il confie à la noria des vagues  le soin, la diligence  qui rappellera parfois, peut-être, ce grain de folie qui le métamorphosait en oiseau des Îles...

LES PETITS ENFANTS AU VIEUX MARIN 

POUSSIÈRE DANS LES VENTS INSULAIRES