LE_VENT__FRAGMENTENT_LES__VAGUES_

HORIZONS_PONANT_

          Et les vagues

        se  déchirent

    

 

ENVOL_   

 

LA TEMPÊTE   " GABRIEL  " 

L'AURA DES VENTS

 

 

 

 

Nous n'en parlons pas, ici, sur notre Île que l'hiver distance. Après tout, 130 Km/h de vent n'intéresse personne du côté des Tf1 et consort ! Cette tempête touche pourtant bien  l'Île de Corse, de plein fouet, notamment  vers le Sud, ( Ajaccio et Valincu ),  et le grand Sud, ( Roccapina e  Ventilegna).

Elle oblique à partir du Tournant et s'engouffre, tel le Ponant,  vers les Bouches légendaires. Puissant flux  hivernal happé par l'entre-deux Îles majeur de la mer Méditerranée Occidentale, le Détroit des Bouches de Bonifacio, dès lors redouté en de telles  circonstances, depuis le naufrage de la Sémillante et les guerres absurdes.

Une profonde Dépression. La perturbation pluvieuse et neigeuse associée plus au nord et dans l'Hexagone, nous gratifie également de ce souffle purificateur. De longues virga vont tout le jour parer les montagnes insulaires de leurs voiles de givre et de grésil, onduler  comme un espace-temps à part, si précieux, mer-veilleux.

Comme si la Grande Bleue se fût subitement  creusée, révulsée afin d'engloutir et dissoudre les miasmes que les grands technocrates  argentés lui infligent, broyant aux rythmes  titanesques de ses hautes lames les matières plastiques et les rebuts que les  dirigeants laissent toujours produire en masse et s'écouler au diapason des profits colossaux qu'ils réalisent sur le commerce de détail et les ordures nucléarisées ...Le poison est violent, per-durable ! 

Permettez - moi cette digression mais, elle revêt une importance vitale pour le Grand Bleu de Jacques, d'Enzo et tous les autres qui le défendent, quil 'aiment avant tout sans le numériser 

!...

 

 

Et qui  sillonne ainsi les grands espaces à bord de " GABRIEL ", qui hume le souffle marin plongeant  ses saines racines de ciels aussi loin vers le rivage des Syrtes, ne peut dérouter ses pensées, s'absenter des maux que mers et océans endurent, infligés en toute impunité par ces dominantes impitoyables que l'on nomme avec prétention et suffisance en marche : la modernité, l'évolution, le progrès, la technologie, la croissance. Pensées affligées, depuis la   mer,  d'un humble petit marin sur la pente.

 

DANS_LE_PONANT_

 

Nous marchons le long du rivage, glanant ça et là quelques clichés photographiques toujours saisissants en pareilles circonstances. Personne ! Les lieux demeurent, immuables mais désertés. Quelques curieux, reclus dans leur carcan métallique n'osent sortir, déjà emmitouflés,  oser quelques pas !

Le vent cingle, rugit, froid, mordant, sur fonds d'azurs en camaïeux lumineux. De hautes gerbes panachent le granit  mordorée de l'extrême-Sud de l'Île de Corse. Quelques goélands animent les ciels changeants d'un jour d'hiver. Au loin, le grondement  des hautes vagues qui déferlent est constant, assourdissant : saine rumeur. L'embrun vole, la mer hérissée  brise, s'étend comme un champ hersé, agresse les côtes. Elle barre l'infini, l'horizon. Dans les lointains, les déferlantes inhabituelles tutoient les plus hauts îlots du vaste domaine marin.  Humilité, crainte, respect des grandes étendues sont de mise

 

VIOLENTE_TEMP_TE_

  

Les bourrasques se font de plus en plus violentes, dilacèrent la surface de la mer si bien que les ondes massives, rapides évoluent en se déformant avant que de se  fracturer, se dédoubler sans fin, ne laissant plus sur l'eau que des souvenirs éparpillés, informes, chaotiques.

Juste et noble tribut de ces vents d'hiver que l'on vit ailleurs que dans les jeux, sur les petits écrans ou en chansons, aux pieds de l'arbre tranché, de l'éphémère.

Ici, tout est vital, franc, loyal et létal à la fois. La distance, l'éloignement s'effacent devant la furie hiémale  des éléments. L'échelle des vents de Beaufort  s'arrête en principe à la Force 12, soit 64 Noeuds et Plus ! ...

 

BONJOUR_EMMA__C_TON__NONO_

 

 Tout n'est plus qu'émulsion, trouble, aléatoire sursis, consécration de l'éternel. Lui n'est que de passage, éphémère, un-temporel

...

 

72 Noeuds, voir davantage, nous ramène à d'autres valeurs. Vienne l'univers spirituel de la solitude, sans concessions ; le chiffre et la mesure ne comptent plus quand les éléments composent une  symphonie éthérée, inégalée. Je veux dire lorsque les cieux se mélangent et que l'on ne parvient plus, dans le rêve d'une navigation solitaire à les discerner tant  ils sont denses et dansent  l'euphorie des oiseaux rares,  libres de toute tutelle artificielle dégradant ce qui est esprit et foi, arpents de vérité, absolu ! 

Nous regardons avec étonnement ce " Navigateur " parcourir hors du temps  les micro- sillons du vaste champ des vagues ; tantôt si  lointain, parfois si petit ou assez grand  lorsqu'il est propulsé dans les airs. Silhouette fantomale hantant plus au large les fumées de l'embrun, le mystérieux filigrane de la vie précieuse de l'atmosphère décidée à en découdre avec le règne de ses destructeurs et de ses ennemis.

Il évolue, incertain,  muni d'une toute petite voile,  lumineuse comme un soleil,  semblant ne jamais  souffrir de la véhémence du courant  d'air. La  chute guette et les manoeuvres qui lui assurent le retour s'avèrent  difficiles, lorsque la surface des eaux se déforment soudainement, brutalement  croisée,  juxtaposant l'ivresse des houles ailées  ; mais le petit marin étale, tient bon le flot  et la vague,  comme dans la chanson du vieil Hugues de son enfance, là-bas, vers le Pont de l'Alp et la Guisane, un peu plus près du ciel revenu.

 

LE_NUAGE_

 

Une fois à terre, le passager de l'azur nous confie ce qui n'est,  depuis 10 années, plus un secret et  le pousse à dire à voix haute,  dans le vent, le grand tourment qui le hante !

Ainsi s'ente-t-il à la plainte de l'hiver en gardant dans le coeur  et le regard la chaleur de l'âtre et du foyer autour desquels rayonne la joie de ses petits enfants disparus, qu'il n'aura jamais connus, dont l'enfance lui aura  été ravie comme aux temps de toutes les terribles dictatures, des SS, de la Gestapo, des ghettos.

Puis il se tourna vers l'Ouest, à la source des vents de la discorde en  pointant du doigt un grand village accroché à la montagne, aux pieds de l'Omu di Cagna, et, prononça trois prénoms : "  Emma " , " Cesare, " Lorelei ", celui d' un grand fils perdu à jamais et dont l'âme aura été dévorée  par ceux qui viennent du froid, le mensonge tutélaire en guise d'engeance et de dominance sans appel.

Ils auront à tout jamais perdu, tel un multiple deuil  sur le vivant,  mère, père, grands-parents, frère et  soeur, oncle et tante, au jeu à toujours  bafoué des sept familles d'antan 

- MARIN - 

RÉGÉNÉRESCENCE