L_AGHJE_BALAGNA__IN_I_TEMPI__LANDANI_

 

 

Ami, pèlerin, toi qui es de passage ici-bas, sur cette Île,  protège-là, use de tout  ce qui est en ton pouvoir  pour la sauver  du chancre et de l'opprobre ! Elle n'est pas à vendre, ni à brader, encore moins à souiller et à envahir de béton, de verrues  et de hideurs ...

Sois sur la voie,  en phase avec la pérennité. Les mots, tu le sais sont  une arme  plus puissante que les balles et la mort. La poésie vainc  le poids des siècles,  domine par la sagesse et la profondeur du chant 

!

MACHJE 


Ce poème est tout un symbole. En effet, alors que notre maquis brûle chaque année un peu plus,, nous en possédons malgré tout un autre qu'il sera beaucoup plus difficile de brûler : c'est notre culture, notre désir d'être corse qui nous permettra un jour de retrouver notre dignité.

http://www.l-invitu.net/afiletta-discog.php#machja

 

***

 

Reviendrais-tu d'une île à part comme d'un rêve, d'un songe  à l'orée de l'éveil.

Renaissant à ses entours ultramarins,  parsemés de légendes et de récits fascinants, puisses-tu  vivre encore et toujours  la mer, le grand bleu, bercé  aux pieds des tombants de la terre prodigue frangée de blanche popeline. 

Dans les ciels d'un cap  qui doit  tout à la nuit,  l'on y verra à jamais  poindre le jour et tomber l'obscur  d'une toute petite planète dont le visage joue à se cacher. L'arche de clarté traçant la route galactique du soleil  et allant  se  coucher dans les garances du Ponant.

Alors, dans la longue  nuitée qui  commence de s'illuner,  telle  une ultime faveur, tu seras toutes les fois  petit Prince aux attentes  comblées ...

Je sais que tu reviens  de nos vertiges écumants, de nos intuitions  solennellement ailées.

Mais regarde, vers les lointains des sommets et des crêtes que les vents fous  arasent, d'étranges  moulins brassent l'air, fauchent  le silence, loin des champs peuplés  où la bête ne saurait paître, de l'aire  figée qui battait, qui vannait   ivre  l'orge et le blé.

Horizons intemporels,  abandonnés à la solitude des murs errant  éperdument  à travers le maquis et qui  s'effondrent comme les pailliers du vénérable  grenier à blé.

Te voilà rendu  sur le seuil  des masures et des foyers d'antan qui ne moissonnent et ne récoltent  pourtant plus...

 

Chapelles  et couvent, en leur béance faîtière  irrévocable, tel  un cri  mutique, un stigmate pathétique,  ne laissent  plus d'implorer les cieux déçus.

La noria  des  moulins s'est tue, les torrents ne charrient que pierres et galets ; guises de chemins que le chant, le trille des passeraux, la migration des hirondelles ont définitivement fuis.

Ils ont emporté avec eux l'âme  du printemps. La paix, la sérénité   se sont  envolées comme la crue soudaine, inédite et impitoyable ravage la vallée jadis si fertile, les oliveraies et les vergers  tombés en déshérence.

De longs croissants de sable  roses et blancs  perdent chaque jour leurs éclats de silice, le tendre orangé de la roche grenue, les ors de ces calices minéraux  que mordorent les rigueurs d'un  temps que l'on pensait  immuable et bon à la fois.

.

- MARIN - 

A la Recherche du Temps Perdu