EN_CHEMIN__

 

En chemin, dans le sous-bois et la suberaie,  un tapis de feuilles  rousses crissent sous nos pas. Pas un oiseau  ne chante, s'envole, volette. Le rouge-gorge emblématique et si familier du vieux château d'eau, des vieux moulins n'est plus de nos ballades champêtres. Il nous manque tant ! 

Les insectes ont disparu. Les fourmis  s'emparent de l'arbre malade, renversé, flambé, comme tordu  par la dernière tornade. Le pic-vert  s'en est allé, ailleurs, s'est perdu, aura disparu ; où toque-t-il  désormais ?  Les beaux ramiers d'antan ne prennent plus leur  puissant envol ; ils ont été décimés, traqués, éradiqués... Funestes silences ! 

Il n'a  guère  plu depuis neuf semaines, la lune  rouge de janvier. Les sols ont durci. Damés, la pierre hérisse la terre des sentiers ; marcher  et, ne pas tomber, ne pas glisser !  Le sentier révèle les stigmates des extrêmes.

Là où nous croisions ruisseaux et torrents, le chant de l'eau lentement s'enterre, se perd dans un dédale de blocs il y a peu de temps  immergés. Mortes combes ! 

Le printemps est bien là, qui ne peut plus  fleurir, qui fane et se couche, tant desséché au mois des giboulées. Le soleil darde les rayons du solstice d'été et la nature désormais connaît les rigueurs des vents sahéliens, aussi  froids que secs. Malaises ! 

De nombreux incendies ont jalonné  un hiver inédit, paradoxal, impensable il y a quelques décennies. Tout s'affole et renverse l'ordre immuable des saisons. Chiffres et graphes s'avèrent tristement  inutiles !  

 

Les signes du ciel témoignent. De rares  nuages, toupies des vents violents, gyres invisibles d'airs souillés, dissolvent les dais  féeriques  de la terre  qui préservent  des morsures et du rayonnement du soleil.

Des jours durant, des semaines et des mois, l'étoile ne laisse plus  de briller, de hanter les ciels,  surchauffe ces masses d'air hybrides que la modernité rejette et installe  durablement, sans souci ni scrupule.

Le temps est compté, les clichés ont la vie courte  ! Si les hommes d'affaires s'en moquent, il est des multitudes laborieuses qui souffrent de ce malaise environnemental majeur, de ces menaces pesantes grevant  le cours des jours et des nuits, des lendemains sans changement salutaire, vital et viable.

L'observation, le recoupement de faits inquiétants  que la nature livre chaque  jour augurent du pire. Rien ne saurait changer, évoluer. Des mentalités aux prises de décisions suicidaires qui commandent au devenir de l'unique planète qui est la nôtre, la tendance est à l'aggravation, à l'irresponsabilité patentée.

La nuit, vient la hantise de l'aube, du matin  obstinément ensoleillé, du manque de pluie, de la disparition des oiseaux dont les petits  cadavres jonchant la route nous rappellent encore qu'ils ont bien existé, que le temps pressé, manipulé  les aura  occis sur l'autel  meurtrier  de la vitesse et du poison répandu sur les terres arables et les vergers.

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