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Tout noyé de soleils, Zeus, aux balcons du ciel

Penché, voyant flotter le globe termitière,

Écoutait, évadé de l'ordre planétaire,

Le sourd bourdonnement à l'Être essentiel.

 

Vers l'impossible dieu montait et le latin

Du moine en sa cellule et l'argot de la fille,

Les cris du torturé, les sanglots à la grille

Du tombeau neuf et les " tu viens ? " de la putain,

 

Les pleurs de l'enfançon, au bois les hurlements

De l'animal chassé, les fracas de l'usine.

La plainte et les soupirs du primate en gésine,

Ceux aussi du plaisir, au combat des amants,

 

Le tonnerre des feux et le chant des cantiques,

Et le frémissement du vent sur les gramens ;

Mêlés, les " oui ", les " Non ", les " Tue ", et les " Amens "

Et le monstre et le saint, de si haut identiques.

 

" Fugaces pucerons, grouillante moisissure,

Termites aveuglées, fourmis et vibrions,

Joyeux pitres mort-nés, sinistres histrions,

Sans remords alliant prière et luxure,

 

Vos pas ont-ils un but ? Vous courez mais vers quoi ?

Allez-vous quelque part ? Où s'adresse la quête ?

Si d'un courant vainqueur entraînant homme et bête

Le flux se précipite, où mène le convoi ? "

 

Silence en bas du monde où l'insecte éphémère

Sans rire se pavane en son futile orgueil,

Silence aux cieux éteints où s'est refermé l'oeil

Du dieu sur les vains bruits, le vide et la chimère...

 

( Washington, Août 1963 )

 

In :  Et si l'aventure humaine devait échouer

Page 87

Édition :  Grasset & Faquelle - 2000 -