VAISSEAU_

 

 

Du silence au silence, nous voguons, mi-ivres mi-navigateurs, la boussole du désir, la boussole de l’urgence à la main. Nous sommes des bateaux effarés dans les vagues, et pourtant, nous embrassons cette vie – la tempête est notre plus sûr allié pour arriver à bon port : le naufrage.

Sinistrés, portés par la vague, brûlés de sel, ivres de soif, aveuglés de lumière et lavés de toute volonté, même de vivre, nous voilà enfin offerts, comme un sacrifice, aux courants silencieux de l’être. Qu’il est étrange que nos vouloirs ne nous amènent jamais si loin que nos débâcles ; qu’il est étrange que nous ne nous mettions pas en perdition nous-mêmes plus souvent.

Brûler ses vaisseaux, oui, mais en plein océan, au milieu des requins et sans île à chercher. Se laisser sombrer comme des ancres, se laisser craquer avec la coque, perdre la quille, oui, ne plus savoir où se trouvent et le haut et le bas.

L’ivresse de la perdition est l’antichambre du mystique.

 

AEDAN

Editions Aluna 

 

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