LEVER__SOLEIL__A_GIRAGLIA_

D'un bout à l'autre de la Terre, du Zénith au Nadir, il est un chant qui voyage vers  " la Nuit Profonde " !  Ainsi de l'âme. Il est tombé amoureux d'une toile, d'une marine, d'un pan de rêve, d'éternité vaguant avec Hélios. Il lui faut  sillonner les  plaines, dévaler  les vallons liquides du puissant  Libecciu, être  pris  et repris par la mer tempétueuse, si belle et tueuse à la fois, répondre à l'appel de l'Azur, voguer droit dans le soleil des anges - puffins

... 

La Faucheuse 

 

BRISANTS__SHISTES_VERTS_

Il navigue en hiver, solitaire, infiniment petit,  vers  l'extrême pointe du  Cap Nord  "  Kallistê  ". A chacune de ses échappées, il va, donnant l'accolade à quelques  Îles-soeurs étrangement vertes et perdurables  comme l'espérance,  comme un songe, une voie, une  bordée  Giraglia ...
L'âme des maîtres de phare, à toujours, y veille. Par  les nuits claires d'Orion,  aux côtés de Séléné qui lui revient, pleine et périgée, un marin se souvient, s'émeut.
Un fragment de vaisseau s'en serait allé,  à la dérive des contes et des légendes insulaires, que le temps et le chant des mers céruléennes épargnent tel l'écrin, l'orgue de cristal tourmaline...
On dit, là-bas, que les vents sont " fous ". Ainsi le puissant Libecciu, le Maestrale, la Tramuntana d'hiver  qui l'éloignent  de l'archipel Toscan, tant ils  creusent les azurs des ciels et du grand bleu confondus.
Evocation d'un bout de terres îliennes que ceignent les abysses, sur fonds  d'infinis horizons.
Il est un petit port qui  sommeille dans la souvenance d'une existence vouée à la mer de Balagna, de Toscane  et  de Ligurie, à ces essaims d'îles tyrrhéniennes à jamais en partance. On y accostait  antan pour échanger les denrées mûres, les trésors de la  pêche artisanale et raisonnée, les outils de la vie agreste. 
Sublimes frontières, féeriques rivages que les hommes jadis choyaient, chérissaient. Les  comptoirs pétrés  fleurissaient si près des lames et des flots tempétueux, irradient encore  de beautés cachées, révélées ! 
Tout fut pensé et conçu qui exaltât,  des décennies durant,   les rapports des marins et des paysans à l'état de nature vierge, au cours des activités  champêtres, aux fruits des moissons et des saisons généreuses.
D'entre le blé et les moulins à vent, l'oliveraie, les aires de battages qui se sont tues, les transhumances à travers le Cap Corse, les cultures en terrasses, mille métiers emplissaient vallées et vallons du chant multiple des artisans, des paysans, des bergers, des offices religieux et des fêtes de villages.
Symphonies, polyphonies  pastorales. L'itinérance vaguait. On eût pensé à  quelque filigrane prodigue dont il  ne reste hélas !  plus que  traces et  chemins qui  vont, s'esseulant à travers les collines, qui délinéent  le calice des montagnes recueillant toute l'eau du ciel et des  sources.
Les murs de pierres sèches courent dans le maquis épais. Telle une profusion de mots et de pensées qui aurait  été ainsi confiée à  la mémoire des lieux,  au diapason de la multitude minérale  habilement ouvragée, empilée avec foi, avec  amour de la terre  et des racines...
On nommait ces contrées de cultures et d'échanges : le grenier à blé de l'Île de Corse. Une haute tour génoise vint un jour en garder précieusement les  provendes de fruits et de légumes, préserver le petit commerce maritime, les hameaux des vallées et de l'important diocèse parcouru de chapelles disséminées, hautement  perchées.
A l'aube, le disque solaire  caresse les flancs  de l'Île verte. La roche métamorphique, aux longs et sinueux plissements, semble voguer, onduler au fil des houles lointaines. Virides et turquins, les cieux dansent, exultent, épais et diaphanes à la fois. Les camaïeux sidèrent le regard du commun  accord  de célestielles vérités  !
Invites irrépressibles dont je suis à demeure,  du voyage et de l'extrême évasion, le fidèle témoin, humble passeur. Il me tient  à coeur d'en relater les pans, les innombrables harmonies de fresques mystérieuses et antiques.
Les vents hâlent le  Suroît,  s'affolent, s'engouffrent dans la passe hérissée et parcourue de moutons. Le Noroît fragmente pannes et nuages de la majestueuse montagne tombée  dans la mer. Alors,  toutes les vagues, sous le regard de givre d'irréelles  spires ouatées, taillées  en os de sèche, se parent de chevelures exaltées ; apparitions hippogriffes,  ivres de vent et de blanches risées.
Que je n'ose, excessivement,  ces  quelques lignes, ces bords et ces quarts de prose marine. Puissiez-vous ainsi,  lectrices, lecteurs, en approcher les réalités, les extravagances, à l'orée du vertige, du délire résolument  absinthe, aérien, éthéré !...
L'ex-île de toutes les beautés immutables,  un peu plus près du ciel,  donne des ailes à la solitude insensée, dérident l'écriture  ! Soit ...
Le ressouvenir  y esquisse  sans frein ni entrave de sublimes desseins de paix et de bonté.
Que la voix polyphonique complaise à l'essence du récit, du vécu, de retour sur le fin sablon, le temps, l'espace  d'une escale, de passage...  Car les mots, le geste, l'ébat,  bientôt,   ne suffiront plus
 
- Marin- 
Prose Marine

AGNEDDU_

CAP_CORSU_

____________________________________________________________________