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"  UNE MÉMOIRE POUR DEMAIN  " 





Depuis plusieurs décennies, la Corse s'interroge ouvertement sur les

raisons historiques, humaines ou politiques qui ont fait d'elle un

territoire de la République semblable aux autres. Depuis plusieurs

décennies, les gouvernements ont usé de l'hypocrisie démocratique

et de l'amalgame grossier pour discréditer un Nationalisme et ses

revendications légitimes, niés

dans ses racines comme dans sa justification historique. Une

volonté assimilationniste  forcenée guide leurs choix dans la

recherche d'une solution Corse dont on sait qu'elle ignore

délibérément la spécificité insulaire pour lui substituer un modèle

Français, Européen,  aujourd'hui standardisé bien qu'adapté à des réalités

locales affaiblies ou de conjonctures exclusivement économiques et de marchés,

hélas ! et souvent  grevées de faits et de méfaits de type mafieux .

 

UN CONTENU  INCHANGÉ 

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La gauche comme la droite mènent depuis des décennies une politique stérile qui voudrait contenir, circonscrire les problèmes plus que les résoudre. La droite en recourant à l'arsenal classique de la répression politique avec son cortège d'artifices policiers, la gauche en donnant aux élites traditionnelles locales par le biais d'un statut qui n'a de particulier que le nom, l'illusion de gérer elles-mêmes une région en état de sous-développement économique, voire de " coma ethnique "...

Nul ne saurait contester l'idée généreuse qui a présidé à la conception du statut. Sans doute s'inscrit-elle dans cette vieille tradition socialiste de responsabilité partagée, d'autonomie et de décentralisation dont on aurait souhaité qu'elle inspire moins naïvement les rédacteurs du projet. Lequel ne vaut hélas que ce que les hommes en font un contenant nouveau certes, en ce sens qu'il créait des contre-pouvoirs locaux, mais un contenu inchangé, hérité d'un système de mainmise politique d'essence paternaliste.

L'instauration d'une représentation populaire régionale ne peut vraiment être novatrice dès lors que son mode de recrutement, formelle-ment démocratique, assure aux élites traditionnelles le rôle prépondérant qu'elles ont toujours joué. Il ne pouvait en être autrement, le suffrage universel direct perdant sa signification et se dévalorisant dans un système où les services rendus obligent la majorité de l'électorat à un vote utile en faveur des puissants du jour, c'est à dire des potentats de toujours...

Un sous-développement maintenu, entretenu malgré les vœux pieux et les allégations officielles, assure la pérennité du système. Les " Places "valent leur pesant de bulletins et rien ne saurait dans ces conditions libérer les jeunes corses en quête d'emplois de cette soumission obligée au clan, quel qu'il soit.

Des institutions nouvelles pour des hommes enracinés, dans un pays cumulant les retards à tous les niveaux de l'organisation de la société. Le pis-aller triomphe une fois de plus, pourvu que s'éternise l'équilibre actuel donné comme fatal dominants-dominés, en se parant des oripeaux de la démocratie généreuse et régionaliste.

Pour les gouvernants, la " question  Corse " au sens politique du terme n'existe pas. Tout au plus existe- t- il un " mal régional ". Les solutions envisagées pour y remédier ne sauraient remettre le cadre institutionnel et politique actuel. On veut ignorer la composante " nationale " du problème en évacuant tout ce qui pourrait donner à penser qu'il y a réellement une " question politique Corse ".

D'où une volonté de banaliser les choses en les traitant du point de vue du " maintien de l'Ordre ", d'où un refus obstiné de tout statut politique, d'où enfin une situation de fait qui entraîne cette terre à nulle autre pareille, déjà bousculée par les techniques et les modes de vie standardisés, sur le chemin de l'oubli et de la " dépersonnalisation "

 

...

 

L'histoire est là, occultée à dessein mais inscrite dans la mémoire et le livre, qui rappelle ce qui fut et qui aurait pu être. Cette grande dame nous apporte le rêve, mais aussi, plus prosaïquement, la certitude que la fatalité est un non-sens absolu, qu'une conquête territoriale rendue possible par un rapport de forces éphémère, constitue une circonstance historique parfaitement explicable et, pourquoi pas, réversible. Voltaire, Rousseau, " la Corse des Lumières " dans l'Europe absolutiste! ... Quel beau rêve!

L'Histoire, hélas, appartient aux vainqueurs, infirmant cette notion illusoire d'objectivité dans l'étude du passé dès lors qu'il s'agit de sa propre histoire. Conquise par les armes et l'argent des monarques, traitée avec un mépris souverain ( " ne prenez pas ce ton d'égalité entre votre nation et la nation française, qui est insoutenable " écrit Choiseul, ministre du roi, à Paoli ... ( 1 ) .

La Corse tombait dans l'escarcelle d'une République indivisible, plus soucieuse de l'intégrité de son territoire que du principe trop commode de " Liberté des Peuples ". Commode parce qu'on l'invoque pour les besoins du moment, la justification d'une politique étrangère, prompt à l'oublier lorsqu'il s'agit d'une liberté qui frappe à sa propre porte... Liberté des peuples !!!

Les médias français le brandissent avec générosité et componction, ce grand principe révolutionnaire, certains de représenter la bonne conscience universelle contre les dictatures de tout acabit, pour défendre, avec justesse d'ailleurs, les Afghans, Mosquitos et autres forfaits de mégalomanes - de surcroît soutenus par les anciens empires -  !

Circonstances curieuses, ils n'en font guère usage lorsqu'il s'agit d'expliquer le problème Corse.

 

Légitimité Historique Corse...

 

Conscience revitalisée, à la source des racines et de la mémoire!

On oublie la Nation de Pascal Paoli, on parle de terrorisme ou tout simplement, le sarcasme de la dérision aidant, on assimile le Nationalisme Corse à une sorte de folklore anachronique!

Une émission de télévision sur les Minorités donnait à un historien en renom de dire ce que fut la Pacification de la Corse après 1769 : expéditions punitives, pillages, pendaisons, crémations, supplices de la roue... Personne n'a bronché, ne fut-ce que pour approfondir la question et ce rappel historique peu glorieux résonnait comme une incongruité dans le studio de TV. Sourcils légèrement froncés, incontrôlables, mine contrariée à la limite de la contrition bienséante, on passa avec promptitude au sujet suivant. Il est bien plus facile de parler d'une liberté malmenée à l'autre bout de la terre...

 

La bonne conscience universelle

L'oubli est une calamité: la pacification d'après 1769 a voulu effacer jusqu'au souvenir de la Consulte de Corti et de la bataille terrible et tragique de Ponte Novu. Quant à la République, héritière confuse mais ravie du centralisme étatique, elle a volontairement oublié la démarche novatrice de Pasquale Paoli dans sa recherche d'une voie démocratique authentiquement Corse, pacifiste, pour ne voir en lui qu'un de ses plus irréductibles ennemis. Généreuses et libératrices avant leur avènement, les révolutions accouchent toujours d'une sorte de crispation unitaire qui tourne à l'obsession: les nationalismes d'hier, opprimés par les monarques, deviennent des nationalismes petit- bourgeois et les patriotes des agents à la solde de l'étranger...

Pages jaunies des livres oubliés! Aujourd'hui plus que jamais, alors que menace la grande marée de l'uniformisation des sociétés modernes, il faut les lire pour sauver ce qui peut encore l'être : l'idée nationale Corse en tant que ferment d'union, critère de différentiation et perspective d'avenir. Idée exaltante, mobilisatrice et profonde fondée d'abord et avant tout sur la conscience de plus en plus nette qu'il existe une mémoire historique occultée mais inviolable, souveraine.

De cette ferveur légitime, enracinée, dont on ne voudrait retenir que les manifestations les plus spectaculaires pour mieux la discréditer, on peut dire qu'elle s'inscrit tout naturellement dans un processus salutaire de réactions face aux contraintes, données comme inévitables mais au fond mal assimilées, de la modernité uniformisatrice et normalisée. Face aussi aux obsessions unitaires des états centralisateurs dont la toute puissance s'accommode mal de la reconnaissance de contre-pouvoirs, fussent-ils officiellement opérants, " nationale-ment " justifiés et dont, hélas,! la vocation est plus de confisquer que de partager...

Force politique organisée, la revendication identitaire et statutaire sur l'Île de Corse constitue l'expression par excellence d'une conscience historique revitalisée, ressuscitée même à l'heure du grand danger de l'assimilation.

N'en déplaise à ses détracteurs, elle appartient à

L'HISTOIRE, au Patrimoine imprescriptible et non au système, aux partis dominants. Quant à  l' histoire :  

personne ne la refait, pas même les  puissants du jour

!
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ANTONU - PASQUINU  D' ATTALA 

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