POESIE___VIEUX_GREEMENT_

 

 

 

 

"   Les mâts geignent sous les voiles,
Doucement,
Et bercent dans le gréement
Les étoiles.

Et le roulis est si doux,
Si tranquille,
Que le pont semble immobile
Devant nous,

Et qu'à travers le ciel libre,
Au vent frais
Où l'écheveau des agrès
Tremble et vibre,

On dirait que, dans l'air bleu,
Oscillante,
C'est toute la nuit qui, lente,
Roule un peu...

A peine si la mer gronde
Aux bords sourds
D'un récif que bat toujours
L'eau profonde.

L'humble odeur des foins fauchés
Du rivage
Glisse avec l'odeur sauvage
Des roches.

L'ombre est orageuse et chaude ;
Dans les flots,
Un marsouin, près des hublots,
Souffle et rôde.

Et, sourd murmure à l'avant
Monotone,
J'écoute l'eau qui moutonne,
En rêvant.

Oui, ce soir, dans le silence
De la nuit,
Le monde sans fin, sans bruit,
Se balance...

Et je suis aussi bercé
Sur l'eau grise,
Je me sens parmi la brise
Balancé,

Au long murmure de la grève
Doux-amer,
Par deux infinis, la mer
Et le rêve... "

!

 

FERNAND GREGH

 

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