ANGE_PUFFIN_ET_MARIN__RENCONTRE_

 

 

Un Écrit chargé, habité, aussi profond et bleu que le silence de la Mer. Oui, Yan, cette attention me touche en plein coeur, moi qui ai traversé les heures, les années, les nuits  sombres de la folie réactionnelle ! Merci pour ces merveilleuses en - volées, Père Stéphen Faure et, Yan, pour ce Partage, qui  me conforte ; splendide choix. Que je découvre à toujours ces rivages où révélation et aventure se marient ... 

 

Tout d'abord, merci Yan. Un texte, des mots, des envolées qui touchent le coeur de la Mer, le silence bleu céruléen de la plus profonde des solitudes à laquelle se confier. Un aller - retour translucide entre mon " Eau-Delà " et tout ce qui pourrait l'animer ; cette part de mystère et de vérité à la Foi ! Magistral écrit. Émotion, rappel, non à l'ordre des choses mais comme un appel de l'inconnu, du temps des rêves où le jeu et la mort convolent, histoire de renouer avec de vieux Messages. Nous ne saurions être seuls, dériver sans but à travers le vaste espace sidéral. Donner un sens à ces Chemins de Vérité que nous empruntons, pour leur clarté et leur innocence pacifique

!

MARIN

Samedi 2 mai 2020
( Hein ? Quoi ? Le 2 mai ? )
Freeride.
« Avis de grand frais à coup de vent. » C’est mon bulletin météo préféré. L’hiver, c’est froid, aujourd’hui c’est très doux. Depuis plusieurs jours, le vent souffle fort et l’Almanarre me manque. Si je pouvais, je chargerais mon matériel dans la voiture et filerais dans ce vestige du monde sauvage. Cette ruine de l’Eden qui m’en jette plein la vue n’est qu’à une vingtaine de minutes du presbytère. Bientôt, bientôt…
Le windsurf est ma plus vieille passion. Cette camaraderie date d’avant les livres. Etre prêtre au pays du mistral n’est certes pas donné à tout le monde. Naviguer à toute blinde (peut-être de blindé, ivre) dans la fluorescence des couleurs varoises est un cadeau inestimable. De même que planer sous des cieux sombres inondant le littoral de teintes larmoyantes, quand à basse altitude se bousculent des nuages aux gueules de pirates.
Dompter la mer, attraper le vent, sentir la force plein son corps et la joie plein la tête, ivre d’embruns et de rafales : quand le Père céleste vous offre le manège, il ne fait pas semblant. Merci pour mon sang chargé d’adrénaline, et pour l’impression grisante que chaque goutte d’eau est alors saturée d’un éclair ! Après une session d’où je sors lessivé, je sais le Père souriant ; on a bien joué et je devine qu’il s’est senti une fois de plus obligé de retenir sa puissance. Heureusement.
J’espère que l’Esprit souffle dans mon cœur comme le vent dans mes voiles. J’ai souvent vu le vent se lever le 15 août sur le golfe du Valinco, et plisser le lourd manteau outremer tacheté d’hermine. Sans doute en l’honneur de Marie, et pour la folle joie de quelques-uns de ces chers fils impatients… L’Esprit ne souffle nulle part plus fort que dans son Cœur et les voiles de la Vierge sont de loin les plus beaux. Marie s’en est allée par Assomption.
Etonnante la place qu’occupent les récits de navigation et les détails concernant l’accastillage dans le livre des Actes des Apôtres. A croire que saint Luc n’était pas médecin mais marin. Sans doute est-ce pour nous apprendre ô combien l’Eglise se doit à l’Esprit et combien la mission est dépendance et docilité au Souffle divin. En temps de paix comme au milieu des forces hostiles. Vous pouvez dire et faire ce que vous voulez, c’est le Vent qui commande. Le meilleur windsurfer du monde ne peut rien faire sans air ; il lui faut ce chahut de la mer et du vent.
« L’Esprit souffle où il veut et tu entends sa voix » (Jn 3, 8) ; prendre le vent, ça s’apprend.
Les gréements sont les étendards de la liberté. Toute voile nous appelle : « Sortez ! Voguez hors des sentiers connus ! Allez où le Ciel en soufflant vous pousse ! »
« C’est le Seigneur qui conduit les pas de l’homme ; comment l’homme connaîtrait-il son chemin ? » (Pr 20, 24)
Les fils du Vent lui ressemblent. Ils sont libres comme lui, ils sont donc originaux. A vrai dire, ceux sont les seul.es à l’être vraiment. Aucune étiquette ne tient, aucun schéma ne les emprisonne. On voudrait qu’ils s’assoient là gentiment, dans la cage, mais on ne retient pas ce qui a l’air d’un violent coup de vent derrière l'idiotie des barreaux. Non, on ne met pas le mistral en boîte. Par contre, chacun peut lui fermer ses fenêtres.
Les fils du Vent parlent haut mais ils restent longuement silencieux.
A celui-celle qui se donne à lui en bloc, Dieu se livre à l’état sauvage.
Almanarre, attends-moi. Aspettami Corsica.
Chère Pentecôte, de toute mon âme je t’espère.
 
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Père STEPHEN 
MERCI 
 
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